Une jeune femme libyenne qui affirme avoir été violée par les hommes de Kadhafi embarrasse le régime

Samedi 26 mars, alors que les journalistes accrédités de la presse étrangère installés à l’hôtel Rixos situé dans capitale libyenne prenaient leur habituel petit-déjeuner, une jeune femme libyenne fait irruption dans le restaurant de l’hôtel et s’installe à une table aux côtés de journalistes. D’emblée, la jeune femme se presse de raconter son témoignage, en pleurs.

Extrait du JT de 20 heures de France 2 du samedi 26 mars

La jeune femme, se présentant comme Iman al-Obeidi (ou Eman al-Obeidi), ouvre son manteau et montre des ecchymoses ainsi que des cicatrices à la cuisse. Les journalistes brandissent alors leurs caméras, leurs appareils photo et leurs bloc-notes pour tenter de recueillir le témoignage troublant de la jeune femme, défiant courageusement la censure imposée par le régime dictatorial de Kadhafi.

Affirmant avoir été torturée et violée “à plusieurs reprises” pendant deux jours par quinze hommes, des « Kataeb (bataillons) » du colonel Mouammar Kadhafi, la jeune femme raconte avoir été arrêtée à un poste de contrôle dans la région de Tripoli parce qu’elle était originaire de Benghazi, fief de l’opposition se trouvant à 1000 km à l’est de Tripoli, où est abrité le quartier général de l’opposition depuis un mois.

“Filmez, filmez, montrez au monde tout ce qu’ils m’ont fait”, balance la jeune femme en direction des journalistes, tout en tentant d’échapper aux personnels de l’hôtel et aux agents de sécurité des autorités libyennes omniprésents qui tentent de la faire taire. Un journaliste du Financial Times, Charles Clover, qui tente de défendre la femme est alors malmené, une caméra de CNN est cassée, et des portables appartenant aux journalistes sont arrachés. L’objectif est clair : dissimuler toute trace de ce témoignage inédit. L’équipe de Sky News affirme même avoir été intimidée avec une arme par les agents de sécurité libyens, témoigne Lisa Holland, envoyée spéciale pour Sky News à Tripoli, dans le but de les empêcher de filmer la scène.

Alors emmenée de force dans le parking de l’hôtel, un journaliste demande à la jeune femme : “Où ils t’emmènent ?”. “A la prison”, réussi à répondre la jeune femme avant d’être mise dans une voiture aux vitres teintées fonçant à toute vitesse à une destination inconnue. Un membre des services de sécurité affirme qu’elle sera hospitalisée. “C’est une folle”, dit-il. “Elle est ivre. Vous n’avez pas senti l’odeur de l’alcool ?”, lance un autre par la suite.

La tension était palpable peu après lors d’une conférence de presse, les journalistes étant inquiets du sort qui sera réservé à la jeune femme, dont le témoignage reste invérifiable, faute de pouvoir la rencontrer. Le vice-ministre des Affaires étrangères libyen, tentant d’esquiver les questions sur ce “cas”, a affirmé qu’il n’y avait pas assez d’élément sur l’« incident », assurant que la femme allait être traitée “conformément à la loi”.

“D’après les premiers éléments de l’enquête, la femme était ivre”, lance peu après Moussa Ibrahim, un porte-parole du régime. « Elle a été emmenée dans un hôpital pour s’assurer de ses capacités mentales », ajoute-t-il sous le regard stupéfait des journalistes.

“Soyez professionnel. Pourquoi vous intéressez-vous au seul cas de cette femme, alors qu’il y a des centaines qui ont besoin de votre attention ?”, déplore M. Ibrahim, visiblement gêné. Et quand les journalistes expliquent qu’ils ne disposaient pas de liberté de mouvement pour rencontrer d’autres cas, il répond : “C’est pour votre sécurité. Les gens sont en colère après les raids étrangers et peuvent menacer votre sécurité”.

“Nous sommes en train de vérifier qui elle est, qui est sa famille et si on a vraiment abusé d’elle ou s’il s’agit simplement de fantaisie”, ajoute-t-il, affirmant que “l’intégrité physique” de la femme sera assurée.

“Dans un pays où depuis un mois les autorités affirment que tout va bien, voici donc à quoi ressemble la liberté d’expression et la liberté de la presse”, résume nerveusement Franck Genauzeau, correspondant pour France 2 à Tripoli dans un sujet du 20 heures de France 2 du samedi 26 mars. Aucune sortie n’est en effet permise aux journalistes sans l’autorisation des pouvoirs libyens et sans la compagnie d’un officiel. Les taxis osant transporter des journalistes qui souhaitent s’aventurer seuls à l’extérieur risquent la prison. « C’est la loi. Le chauffeur doit avoir une autorisation préalable. C’est pour votre sécurité », répète M. Ibrahim.

Surprise, au matin de ce dimanche 27 mars : le discours du régime de Kadhafi à propos de la jeune femme a changé. Alors que le régime affirmait que la jeune femme était “ivre” et qu’elle souffrait de “troubles mentaux” il y a encore peu, Franck Genauzeau témoigne que les autorités ont expliqué qu’elle va “bien” et qu’elle est “en sécurité” dans un lieu qui n’a pas été précisé. Les autorités ont dit que la jeune femme était “tout à fait saine d’esprit”, et que les médecins ont bel et bien constaté des traces d’agression sur son corps.

“Un banal fait-divers”, et non “un exemple de répression” de la part du régime, disent les autorités, qui continuent de minimiser les faits. La jeune femme sera prochainement autorisée à voir la presse ajoutent les autorités, dès que “sa déposition aura été prise par les policiers” et “si elle le souhaite”. Une manière de dire qu’il est probable que les journalistes ne la reverront jamais.

Selon Sky News, qui a par ailleurs interviewé Khalid Kaim, le vice-ministre des Affaires étrangères libyen, le fils d’un haut gradé de la police libyenne ferait partie de cinq personnes arrêtées dans le cadre d’une investigation après le témoignage de la jeune femme. Lors de l’interview, M. Kaim se montre transparent et confiant sur le cas de la jeune femme, témoignant même de sa visite rendue à la jeune femme, et assurant avoir vérifié qu’elle allait bien. M. Kaim, faisant référence à la pagaille survenue hier dans l’hôtel Rixos où résident les journalistes occidentaux, a reconnu que les agents de sécurité avaient “mal géré” l’incident.

Quant à une éventuelle rencontre de la jeune femme avec les journalistes, le vice-ministre des Affaires étrangères affirme qu’ils pourront la rencontrer dans les “deux ou trois jours” qui suivent. Pendant ce temps, le cas de cette jeune femme continue de provoquer l’inquiétude et l’émotion de la presse internationale.

Mise à jour à 20 h 45 : Selon les informations de France 2, Iman al-Obeidi se trouverait à l’heure actuelle toujours contre son gré au siège des forces de sécurité intérieure libyennes. Le correspondant de France 2, dans l’édition du JT de 20 heures de ce dimanche 27 mars, ajoute que la jeune femme aurait trois frères qui seraient des opposants notoires au régime libyen. Ils seraient quant à eux aussi emprisonnés par les autorités libyennes.

Christophe Duman

(Sources : AFP via Libération.fr, Sky News, France 2)

Ebrahim Hamidi, condamné à la pendaison en Iran pour homosexualité, “va mourir si nous ne nous mobilisons pas”

Après l’atroce condamnation réservée à Sakineh Mohammadi-Ashtiani, l’Iran persiste et signe dans son irresponsabilité avec cette fois-ci Ebrahim Hamidi, jeune iranien de 18 ans condamné à la pendaison pour homosexualité

Dans le Monde daté de mercredi, les deux écrivains français Philippe Besson et Gilles Leroy lancent un appel pour soutenir la cause de Ebrahim Hamidi, un jeune iranien âgé d’à peine dix-huit ans, condamné à la pendaison pour “homosexualité et acte de sodomie” en Iran.

"Ebrahim Hamidi a 18 ans et il va être pendu", Le Monde - Image : christophe-girard.fr

“Après Sakineh Mohammadi Ashtiani, condamnée à la lapidation pour adultère, l’Iran persiste et signe en condamnant à la pendaison un jeune homme soupçonné d’homosexualité”, écrivent-ils. “Ebrahim Hamidi serait homosexuel. Donc il doit mourir”, déplorent-ils.

L’appel est également soutenu par Alfredo Arias, Dominique Blanc, Arnaud Cathrine, Clara Dupont-Monod, Arnaud Dreyfus, Isabelle Gallimard, Christophe Girard, Valentine Goby, Vincent Josse, Pascale Kramer, Claude Lanzmann, Camille Laurens, Benoît Legemble, Jonathan Littell, Paul Otchakowsky-Laurens, Atiq Rahimi, Chantal Thomas et Mathieu Vidard.

“Cette seule perspective suffirait à nous horrifier, tant elle est contraire à la notion même d’humanité et nous laisse imaginer la terreur dans laquelle vivent les homosexuels iraniens, obligés de se taire, de mentir, de nier leur identité”, poursuivent les écrivains.

L’accusation, serait selon eux, “montée de toutes pièces” à la suite d’une rixe “banale”, les dénonciations “faites par des tiers emprisonnés l’auraient été au prix des promesses de remise en liberté”. Et les aveux d’Ebrahim “extorqués sous la torture”, assurent les écrivains. “Au cours de son procès, l’accusé n’a pas eu le droit à la moindre représentation légale. Quant au verdict, il a été prononcé par un magistrat qui s’en est remis à son propre jugement, procédure utilisée lorsqu’il n’existe pas de preuve formelle.”

Au mois de juillet, la “victime” présumée d’Ebrahim Hamidi a “reconnu avoir portée contre lui de fausses accusations sous la pression de ses parents. On pourrait croire que cette rétractation aurait entraîné l’annulation de la sentence”, mais, “pas du tout”. Ebrahim Hamidi “est toujours coupable d’un “crime” qu’il n’a pas commis. Est-il homosexuel ? Qu’importe, il doit mourir”, rappellent les écrivains.

Ebrahim Hamidi “va mourir, si nous ne nous mobilisons pas. Si nous ne réveillons pas les consciences. Si nous ne crions pas haut et fort et partout que cette condamnation est insupportable et qu’elle doit être cassée”, conclut l’appel.

Dans un article de Paris Match daté du mercredi 11 août, on y apprend que l’avocat de Ebrahim Hamidi, maître Mohammad Mostafaei, spécialiste des droits de l’Homme dans son pays, a été menacé et a dû fuir le territoire iranien pour partir en exil en Norvège. Il est aussi l’ancien avocat de Sakineh Mohammadi-Ashtiani. “A coups de communiqués et de déclarations à la presse, il s’est battu pour que cette affaire soit rendue publique”.

L’article rappelle que Ebrahim Hamidi a été condamné à la pendaison pour homosexualité “sans qu’aucune preuve tangible n’ait avéré « l’acte anal illicite » ; sur le seul fondement de la « connaissance du juge ». Et pour cause : Ebrahim Hamidi ne serait même pas gay. L’origine de ce procès serait en fait une banale dispute entre deux familles, soldée par une accusation lancée à la va-vite, et pourtant irrémédiable”.

Christophe Duman

Gawker crée WikiLeakiLeaks.org, le WikiLeaks consacré à WikiLeaks

Gawker semble être irrité par la transparence totale chez WikiLeaks et très critique envers ses diverses publications. Il a donc voulu en savoir plus sur cette mystérieuse organisation (comme tout le monde), au slogan pour le moins spécial : “we open governments” (“nous ouvrons les gouvernements”).

Le WikiLeaks consacré à WikiLeaks, copie quasi-identique du site WikiLeaks, se sert des documents envoyés par les internautes comme source. Mais comment vraiment vérifier leur authenticité ? WikiLeakiLeaks n’est pas qu’une “source de documents” consacrée à WikiLeaks, mais aussi une source de “rumeurs”. Inquiétant, non ?

Pour envoyer un document à WikileakiLeaks, il faut le faire par e-mail, à l’adresse leaks@wikileakileaks.org. Tout simplement. Comme assurance de sécurité et d’anonymat ? Une simple mention, aussi banale que soit-elle : “anonymat garanti” ; pas de formulaire d’envoi aussi sécurisé et perfectionné que celui de WikiLeaks.

WikiLeakiLeaks cherche à cerner le fonctionnement de WikiLeaks, son financement… Et est à la recherche de qui est (vraiment) derrière WikiLeaks, comme par exemple : qui se cache derrière le pseudonyme “Daniel Schmitt”, ce mystérieux et énième porte-parole de WikiLeaks ? Il s’intéresse aussi de près à la mystérieuse vie du charismatique fondateur de WikiLeaks, l’Australien Julian Assange. Pour le moment, rien de publié. J’attends de voir ce que ça donne.

L’idée de départ peut être intéressante, mais il est évident que c’est un projet déjà à l’eau : le site n’est pas suffisamment protégé et paranoïaque… et peut donc se faire pirater par n’importe quelle organisation, pour une fois WikiLeakiLeaks a la crédibilité aussi solide que celle de WikiLeaks, contrôler la solide image de WikiLeaks.

Christophe Duman

Carla Bruni-Sarkozy violemment insultée de ‘prostituée’ par l’Iran pour son soutien à Sakineh

En dépit de la mobilisation française pour épargner l’Iranienne de 42 ans et mère de deux enfants Sakineh Mohammadi-Ashtiani du destin monstrueux qui lui est réservé, le journal iranien Kayhan, très proche du Guide suprême de la révolution iranienne, l’Ayatollah Ali Khameini, a violemment insulté la Première Dame de France Carla Bruni-Sarkozy de « prostituée » suite au soutien qu’elle a affiché à Mme Mohammadi-Ashtiani dans une lettre destinée à elle publiée sur le site La Règle du Jeu.org du philosophe Bernard Henri-Lévy, l’initiateur d’une pétition contre la lapidation de Mme Mohammadi-Ashtiani signée à l’heure actuelle par plus de 41.000 âmes.

Dans un éditorial intitulé « Les prostituées françaises rejoignent la lutte des droits de l’homme », le journal, considéré comme le plus conservateur des journaux iraniens, publie les propos suivants : « Récemment, Carla Bruni, l’épouse infâme de Nicolas Sarkozy et Isabelle Adjani, l’actrice française à la morale corrompue, ont exprimé leur soutien envers Sakineh. » Le journal, qui dit « défendre l’idéologie de la Révolution islamique » appuie : « Carla Bruni s’est débrouillée pour briser le mariage Sarkozy et devenir la Première Dame de France, encore que récemment il y a eu des nouvelles disant qu’elle a eue une relation avec un chanteur. »

Comme si cela ne suffisait pas pour bouleverser les esprits de l’optimisme à la terreur, la télévision d’État iranienne a quant à elle aussi rispostée en affirmant que Carla Bruni-Sarkozy se servait de cette affaire pour justifier sa propre immoralité.

Carla Bruni-Sarkozy écrivait à Sakineh : « Répandre votre sang, priver vos enfants de leur mère, mais pourquoi ? Parce que vous avez vécu, parce que vous avez aimé, parce que vous êtes une femme, une Iranienne ? Tout en moi se refuse à l’accepter. » « Vos juges doivent le savoir, Sakineh, votre nom est devenu un symbole sur la planète entière. Puissent-ils comprendre que, quelle que soit l’époque, quel que soit le lieu, ils ne pourront jamais se laver les mains d’un tel crime ? » ajoutait-elle.

L’Élysée n’a pour le moment pas souhaité réagir face à ces propos insultants de la part des médias iraniens, néanmoins une source a affirmé au quotidien britannique Daily Mail que Carla Bruni-Sarkozy était « profondément choquée » par cette attaque personnelle.

Samedi, plusieurs centaines de personnes se sont réunies en France (dont 300 à Paris) pour faire pression sur l’Iran

Ce samedi 28 août dernier, plusieurs centaines de personnes se sont réunies en France pour soutenir Mme Mohammadi-Ashtiani, dont parmi elles, quelques 300 personnes sur le Parvis des Libertés et des Droits de l’Homme, place du Trocadéro, dans le 16ème arrondissement de Paris.

Samedi 28 août, sur l'esplanade du Trocadéro - Image : iranenlutte.wordpress.com

A l’issue du rassemblement, les présidentes des trois associations organisatrices Ni putes ni soumises, la Ligue du droit international des femmes et le Mouvement pour la paix et contre le terrorisme se sont dirigées, sous escorte policière, vers l’ambassade d’Iran, où elles ont déposé dans la boîte aux lettres un courrier demandant à Téhéran de surseoir à l’exécution de Sakineh.

L’un des deux avocats de Sakineh Mohammadi-Ashtiani a appelé samedi dans une interview la communauté internationale à continuer à faire pression sur l’Iran. « Les gens qui vont examiner son dossier savent qu’ils sont sous l’oeil de la communauté internationale (…), ils savent que leur décision va avoir beaucoup de conséquences », a déclaré au quotidien britannique Times Javid Houtan Kian.

En France, la mobilisation de la société civile et du monde politique s’est accrue pour sauver cette Iranienne d’un châtiment qualifié de « moyenâgeux » par le président Nicolas Sarkozy, qui a même affirmé que la France estimait avoir « la responsabilité » du sort de cette mère de deux enfants.

Le ministre des Affaires étrangères et européennes Bernard Kouchner a demandé vendredi aux pays de l’Union européenne d’envisager une menace de sanctions contre l’Iran pour le pousser à épargner Sakineh Mohammadi-Ashtiani de la lapidation. « Une démarche de l’UE – discrète – est en cours à Téhéran », avait alors assuré le chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton.

Christophe Duman

Reporters Sans Frontières enchaîne WikiLeaks dans une lettre destinée à Julian Assange, son fondateur

Décidément, la polémique sur la publication d’environ 91.000 documents confidentiels sur la guerre en Afghanistan par WikiLeaks ne cessera jamais d’enfler. Et là, l’adversaire n’est pas n’importe qui : Reporters Sans Frontières. Un soutien en moins pour WikiLeaks, après la perte de celle d’Amnesty International et d’autres organisations non-gouvernementales

Nous ne sommes pas certains que votre souhait de “mettre fin à la guerre” soit exaucé dans ces conditions et en attendant, vous avez fourni malgré vous une bonne raison à des États réputés démocratiques de surveiller Internet de plus près.

Dans une lettre publique directement destinée à Julian Assange, — le mystérieux fondateur et porte-parole de WikiLeaks –, Reporters Sans Frontières (RSF) regrette “l’incroyable irresponsabilité” de WikiLeaks. “Vous avez, à cette occasion, diffusé sur votre site quelque 92 000 documents mentionnant les noms de collaborateurs afghans de la coalition militaire internationale présente en Afghanistan depuis 2001 », explique Reporters Sans Frontières.

Mais WikiLeaks a “par le passé, fait œuvre utile en mettant à la disposition du public américain et international des informations révélant les très graves atteintes aux droits de l’homme et aux libertés publiques commises sous l’administration Bush au nom de la “guerre contre le terrorisme””, a cependant reconnu l’organisation. Elle cite notamment la publication en avril dernier de la vidéo où deux employés de l’agence Reuters et d’autres civils trouvaient la mort à Bagdad en juillet 2007, dû à une bavure militaire de l’armée américaine. “Nous avons soutenu cette démarche” car elle “répond au revirement de l’administration Obama quant à l’application du Freedom of Information Act ». Puisqu’en mai 2009, la Maison Blanche “est en effet, revenue sur sa parole en refusant, malgré une injonction judiciaire, de rendre publiques des photos de sévices infligés à des prisonniers détenus en Afghanistan et en Irak”.

Mais en revanche, ce que Reporters Sans Frontières n’apprécie pas, c’est de “divulguer l’identité de centaines de collaborateurs de la coalition en Afghanistan”, parce que ceci est par conséquent “lourd de danger”. “Les Talibans et d’autres groupes armés peuvent établir sans difficulté, à partir de ces documents, une liste noire de personnes à abattre et mener des vengeances meurtrières”, explique RSF. Reporters Sans Frontières n’apprécie pas non plus la transparence totale chez WikiLeaks. “Publier sans discernement quelque 92 000 documents classifiés pose un réel problème de méthodologie, et donc de crédibilité”, déplore RSF, expliquant qu’un travail journaliste implique “une sélection de l’information”, faisant référence à la publication de noms de collaborateurs Afghans parmi les 91.000 documents déjà publiés. WikiLeaks est “un média et, à ce titre, soumis aux règles de responsabilité de publication, comme tous les autres” précise l’organisation.

“Depuis des années, Reporters sans frontières milite pour que la législation fédérale sur la protection des sources dite “Loi bouclier” soit non seulement adoptée, mais appliquée sans discrimination aux médias traditionnels comme aux nouveaux médias Internet”, c’est pourquoi “nous condamnons toute forme de harcèlement envers les contributeurs ou informateurs de WikiLeaks de la part des autorités ou des services d’immigration, comme récemment le chercheur Jacob Appelbaum” insiste l’organisation. Ou encore celui du soldat Bradley Manning, qui est actuellement en l’attente de son procès dans une prison militaire à Virginia aux États-Unis, soupçonné par les autorités américaines d’avoir transmis la célèbre vidéo de la tuerie de Bagdad à WikiLeaks. “Vous ne pouvez revendiquer le bénéfice de la protection des sources et renier au même moment votre qualité de média par opportunisme”.

Le précédent que vous avez créé expose encore davantage à des représailles tous ceux qui, à travers le monde, risquent leur liberté et parfois leur vie pour l’information sur Internet. Une telle imprudence met en danger vos propres sources et au-delà, sur l’avenir d’Internet en tant que support d’information. Au jour d’aujourd’hui, 116 net-citoyens sont en prison dans une dizaine de pays, parfois pour un simple commentaire sur la Toile. Pouvez-vous concevoir la même situation au pays du Premier amendement ?

Alors que Julian Assange s’apprête à publier 15.000 autres documents sur le même thème, celui de la guerre en Afghanistan, RSF explique que WikiLeaks doit “rendre compte plus amplement de sa démarche” et ne pas répéter les “fautes commises”. Ceci implique “un nouveau départ, donc de nouvelles méthodes”.

JULIAN ASSANGE DÉCLARE QUE WIKILEAKS PRÉVOIT DE PUBLIER 15.000 AUTRES DOCUMENTS

En déplaise à Reporters Sans Frontières ou aux autorités américaines, Julian Assange a déclaré ce jeudi 12 août que WikiLeaks se préparait à publier 15.000 autres documents confidentiels sur la guerre en Afghanistan, en plus des 91.000 (environ) déjà disponibles de la “war diary” (“journal de guerre” en français).

Sans déclarer la date de publication, ni la méthode (s’il allait comme pour les 91.000 documents d’abord les publier par la voie du New York Times, du Spiegel et du Gardian ou directement sur le site), Julian Assange explique par une vidéoconférence retransmise à Londres que “on en est déjà à 7.000 documents”. Mais “jusqu’à présent, nous n’avons eu aucune aide, malgré nos demandes répétées, de la part de la Maison Blanche ou du Pentagone”, a expliqué Julian Assange, faisant notamment référence au souhait du porte-parole de WikiLeaks en Allemagne Daniel Schmitt d’avoir des contacts du Pentagone de manière à “rendre la rédaction des textes telle qu’ils puissent être publiés sans danger”. Mais le Pentagone, qui avait fait état de dangers pour les Afghans cités nommément dans des documents publiés jusqu’ici, a cependant affirmé n’avoir jamais reçu de demande en ce sens de la part de WikiLeaks.

A Washington, le porte-parole du Pentagone, Geoff Morrell, a réagi aux déclarations de Julian Assange en l’appelant à “retirer du site internet tous les documents volés”. Questionné sur le fait de savoir si WikiLeaks allait poursuivre la publication des prochains 15.000 documents promis, M. Assange a répondu, déterminé : “Absolument”. Si promesses tenues WikiLeaks venait à effectivement diffuser de nouveaux documents, malgré les réserves et “l’inquiétude” du Pentagone quant “au tort” que ces révélations “causent à nos troupes, à nos alliés et aux civils afghans innocents, nous atteindrions le summum de l’irresponsabilité”, a dit M. Morrell. Il a même déclaré que les services américains pensaient avoir identifié les rapports qui sont sur le point d’être diffusés.

Christophe Duman

Un journaliste-reporter togolais menacé par un officier français

« Cinquante ans après les indépendances africaines célébrées en grande pompe cet été sur les Champs-Elysées, ça surprend », déplore Rue89, parlant même de « Françafrique pas morte »

Dans une vidéo initialement publiée le 10 août sur Facebook par le journaliste Togolais Noël Tadegnon, auteur des images, puis ensuite mise en ligne par “LeTogoVi” sur YouTube pour une “meilleure diffusion”, un officier français, se présentant comme “conseiller du chef d’état-major de l’armée de terre” intimide publiquement un journaliste togolais, Didier Ledoux, qui prenait quelques photos lors d’une confrontation entre manifestants et gendarmes togolais dans la capitale du pays, à Lomé.

L’officier français, le lieutenant-colonel Romuald Létondot, attaque d’emblée agressivement le journaliste : “Tu enlèves ça, tu enlèves cette photo s’il te plaît, sinon c’est moi qui le prend, alors tout de suite” menace-t-il. “Tu veux qu’on te mette un coup sur l’appareil ou quoi ? [...] Je te demande gentillement d’enlever la photo sur l’appareil. [...] Moi on ne me prend pas en photo comme ça”. “Là je couvre un évènement !” rétorque le journaliste à l’officier français. “Je m’en fous !” répond l’officier. “C’est tout comment si je lui demande de me donner son âme ! Je fais mon travail !”, déplore le journaliste, qui porte un gilet avec écrit le mot “presse” fourni par le bureau des Nations unies du Togo, aux divers gendarmes togolais qui l’entourent.

“Tu le mets en taule” demande l’officier aux autorités togolaises présentes lors de l’altercation qui à ce moment-là commençaient à embarquer le journaliste, lorsque l’officier continue : “Tu sais qui je suis ? Je suis le conseiller du chef d’état-major de l’armée de terre. Est-ce que tu veux que j’appelle le RCGP [Régiment des Commandos de la Garde Présidentielle, ndlr] pour foutre un peu d’ordre là-dedans ? Oui ou non ? Voilà, alors je te demande d’enlever la photo. Est-ce que c’est compliqué ?” Et comme si ça ne suffisait pas, l’officier, très en colère, s’en prend ensuite au journaliste Noël Tadegnon, qui filmait l’altercation entre l’officier et le journaliste. “Toi tu enlèves ça aussi. Tu n’as pas à me filmer. [...] Tu me filmes pas.”

“Que vient chercher un conseiller spécial du chef d’Etat major de l’armée de terre à une manifestation publique dont la sécurité est en principe assurée par la Police et la Gendarmerie ?”, se demande le quotidien togolais Liberté pour lequel le journaliste travaillait, précisant qu’après que l’officier ait été rassuré que les images soient supprimées, a laissé le journaliste s’en aller. “Pourquoi donnait-il des ordres comme le montrent les images ? Autant de questions que tous les témoins de la furie de l’officier blanc se sont posées.” Le quotidien avance : “C’est curieux qu’un officier français formé en France, pays des droits de l’Homme, menace de faire venir des éléments de la garde présidentielle pour régler un malentendu qui l’opposait à un journaliste qui ne faisait que son travail.”

Zeus Aziadouvo, directeur de la publication du quotidien, explique au site Les Inrocks qu’il n’y a “pas grand chose à faire à part encaisser le coup”. “Nous n’attendons aucun soutien. Les autorités togolaises vont se ranger derrière l’ambassade de France et attendre que ça se tasse.” M. Aziadouvo a indiqué que son quotidien avait envoyé une lettre à l’ambassade de France. Mais “ici, les diplomates se comportent comme les autorités du pays. Ils ne bougent pas, ils ne disent rien. Leur communication est opaque”, se désole-t-il.

“J’étais sur le lieu de la manifestation quand j’ai vu cet officier français faire de grands gestes aux forces de l’ordre, j’ai décidé de le prendre en photo comme j’aurais pris tous les mouvements qui auraient pu sembler particulier”, a expliqué aux Inrocks Didier Ledoux qui était parti en reportage pour couvrir le congrès du parti de l’opposition UFC.

Le ministère de la Défense désavoue le militaire français : “La liberté de la presse est une valeur essentielle”

L’Ambassade de France au Togo a réagi dans un communiqué de presse, où elle y déclare :

Le véhicule d’un Officier français, membre de la mission de coopération militaire, qui se trouvait fortuitement aux abords d’un rassemblement, a fait aujourd’hui l’objet de jets de pierres. Après avoir signalé les faits au détachement de Gendarmerie qui se trouvait à proximité, l’Officier n’a pas souhaité qu’un photographe fasse une prise de vues.

Suite à la médiatisation de l’affaire, à Paris, le ministère de la Défense réagit et désavoue le militaire français : “Le ministère de la Défense ne se reconnaît absolument pas ni dans les propos ni dans le comportement de cet officier français. La liberté de la presse est une valeur essentielle”, a précisé à l’Express.fr un représentant de l’état-major. “Nous ne nous reconnaissons absolument pas dans les propos tenus par ce militaire. Nous condamnons son comportement”, a aussi déclaré le ministère aux Inrocks. Il a aussi fait savoir à Rue89 qu’il ne « se reconnaissait pas » dans l’attitude et les déclarations de cet officier, « qui ne défend pas les valeurs qui sont les nôtres ».

Le ministère a aussi indiqué que cet officier devra s’en expliquer avec le journaliste togolais. Promesse tenue, le lieutenant-colonel s’est excusé auprès du journaliste dans les locaux de l’Ambassade de France au Togo, à Lomé. Le journaliste a confirmé cette annonce du Quai d’Orsay.

Joint au téléphone par France 2, le lieutenant-colonel Romuald Létondot, — un coopérant militaire mis à disposition de l’administration togolaise par le Quai d’Orsay –, déclare avoir été “victime d’un jet de pierre d’opposant”, alors qu’il était dans sa “voiture de fonction”. “Je montrais les faits (la voiture abîmée) à un gendarme togolais quand je me suis rendu compte que j’étais pris en photo, et que cette photo pouvait être mal interprétée, ce qui a été le cas. Je me suis emporté, le but était d’empêcher une photo volée. J’ai effectivement présenté mes excuses à Didier Ledoux. Ce qui est dommage, c’est que je termine mon séjour ici, au Togo, dans quinze jours, de cette façon-là.” Son rôle au Togo, comme coopérant militaire français ? “Audit, conseil, pédagogie, formation d’officiers et sous-officiers de l’armée togolaise”.

Le journaliste togolais Noël Tadegnon, auteur des images et qui avait initialement publié la vidéo, non pas sur YouTube, mais sur Facebook, s’étonne de l’ampleur médiatique que la vidéo a engendré : “Je me suis dit, je vais tenter le coup”, a-t-il déclaré à France 2. “Je ne vais pas la proposer à Reuters, pour qui je travaille souvent, je vais la balancer directement sur Facebook. Elle a eu bien plus de succès que si elle était passée sur l’agence de presse ! Un de mes amis l’a mise ensuite en ligne sur YouTube”.

Christophe Duman

Stéphane Guillon et France Inter (Radio France) : le petit con face aux vieux

C’est peu de le dire, mais il ne faut pas se le cacher, Stéphane Guillon est aujourd’hui un peu le petit con protégé par tout le monde face aux vieux cons, ici la direction de France Inter et de Radio France, en sommes.  Mi-drôle, mi-méchant, il incarne aujourd’hui, de manière générale, l’ « humour » et la caricature chez la presse française. La mission de Stéphane Guillon aux ondes de France Inter était de rire (ou de se moquer) de tout et de rien d’une façon spécialement « Guillon »… humour noir et polémique étaient au rendez-vous. Ses proies préférées étaient les hommes politiques, dont il prenait un malin plaisir à les attaquer ; leur(s) réactions l’encourageait à en faire davantage. Il soulevait l’esprit satirique de l’opinion, et il était l’objet de pas mal de polémiques, qui alimentaient parfois le fil de ses chroniques, comme tout dernièrement, sa chronique sur Eric Besson. Pour ça, il n’a pas hésité à se lâcher, ce qui a plu à beaucoup de monde, mais déplu à d’autres ; quoi qu’il en soit, sa chronique a attiré la foule : des centaines de milliers de visiteurs  s’étaient rués pour visionner la vidéo de sa chronique sur Internet, donnant un résultat final de plus de 738.000 lectures au jour d’aujourd’hui.

Eric Besson avait bien évidemment mal pris la chronique. Il a demandé à France Inter, radio du service public : “  J’aimerai que vous réfléchissiez à la responsabilité qu’est la vôtre. [...] La responsabilité de France Inter, comme radio de service public, je pense que vous devriez y réfléchir”, ajoute-t-il, sous le coup de la colère et de l’agacement. Ce n’était pas la première fois que Stéphane Guillon s’acharnait sur Eric Besson. Pris par une grande polémique, pour d’autres faits notamment, Stéphane Guillon a finalement été viré, et ceci a donné lieu à une vague chaîne de protestations, jusqu’à attirer 2.000 personnes lors d’une manifestation ce jeudi 1er juillet, devant la Maison de Radio France, dans le 16ème arrondissement de Paris, mais d’autres rassemblements ont également eu lieu en province, à Lille, Strasbourg comme à Toulouse.

Pris pour cible, Philippe Val, directeur de France Inter, a déclaré à l’AFP qu’il n’a « jamais censuré personne ». Mais Marie-Hélène Elbaz (CGT), estime au nom de l’intersyndicale que Guillon a été viré (tout comme Didier Porte, également ancien humoriste à France Inter) « sans ménagement pour des raisons politiques », comme l’a toujours quelque peu affirmé Stéphane Guillon, en remettant plusieurs fois en cause la nomination par Nicolas Sarkozy de Jean-Luc Hees et Philippe Val à la tête de Radio France. Mais Jean-Luc Hees, Président directeur général (PDG) de Radio France, avait alors déclaré dans une interview accordée au journal « Le Monde » avoir eu « de nombreuses discussions avec Stéphane Guillon à propos de ses chroniques. » Mais « si l’humour se résume à l’insulte, je ne peux le tolérer ». “Je prends cette décision non pas sur une quelconque pression politique mais en m’appuyant sur des valeurs minimales d’éducation et de service public”, a assuré M. Hees, qui précise : “Je sais qu’en prenant cette décision il y a un risque. Mais j’assume !”

En tout cas, Stéphane Guillon, homme doux au fond de lui, a reçu le soutien de nombreux auditeurs et de collègues à France Inter, et c’est dire : 100.000 courriers de soutien ont été envoyés à Stéphane Guillon en seulement quelques jours. Son collègue humoriste Didier Porte a lui aussi reçu le soutien de nombreux. Étant même “largement soutenus”. Dans cette grande polémique, une question s’impose : l’humour particulier de Stéphane Guillon était-il “acceptable” ? Était-ce “vraiment” de l’humour et non de la méchanceté, comme l’a toujours revendiqué à tort ou à raison Guillon ? Tout dépend, mais à ce jour, la question principale concerne surtout le fait que Stéphane Guillon ait été viré de France Inter, après deux années de chroniques toutes autant polémiques que les autres ; la liberté d’expression de la presse,  dans ce cas, a je pense réellement été remise en cause… Le fait d’éradiquer deux humoristes, par la suite, avec des excuses bidons (lesquelles oserai-je dire ?), est suffisamment anormal pour relever quelque chose, comme un soucis d’indépendance.

Musique d’ambiance : “I Just Wanna Live” de Dave Darell.

Christophe Duman

La crise de la presse, c’est aussi la crise de notre société

Analyse, par Christophe Duman

Au grand désespoir, notre société s’intéresse de plus en plus aux choses futiles qu’aux choses fondamentalement utiles, c’est-à-dire que nous vivons dans une époque où la presse people et ses faux scoops intéressent davantage que l’actualité internationale. Une question de priorité dans certains cas. Sans aucunement vouloir s’acharner sur notre société et l’époque qu’on traverse, je dirais que le problème vient des lecteurs, et non de la presse en elle-même.

Quoique… La presse française ne sait pas comment gérer cette crise et tient espoir du Web et des nouvelles technologies, comme l’iPad, l’iPhone et les autres gadgets en tous genres. Cependant, cela revient à déplacer le problème. Financièrement parlant, ça n’est pas un problème en soi pour le média, car il fait son bénéfice et pour lui, qu’importe la façon dont il le fait, du moment qu’il survit à ses dépenses. D’un autre point de vue, dans un cercle vicieux, cela revient à créer une autre crise de la presse : non plus financière mais beaucoup plus prononcée, voire totalement irréversible.  Le futur lecteur s’habituera de plus en plus aux gâteries interactives des médias et oubliera le papier. A long terme, cela détruira la presse et les symboles qui la définisse. Parce qu’au lieu d’essayer de séduire de nouveaux lecteurs avec le journal en papier, le média pense qu’en créant une application pour iPad, tout sera comme avant. Absolument faux ! Que le quotidien soit disponible sur l’iPad ou non, ça ne changera absolument rien. C’est un problème plus sérieux, la crise de la presse c’est aussi la crise de notre société : autrefois, s’informer était un réflexe, aujourd’hui, s’informer est un besoin (professionnel par exemple) ou une passion… Évidemment, je peux comprendre le fait que les médias s’inquiètent à en trembler, parce que c’est difficile d’imaginer des solutions qui épargneront efficacement les médias de cette crise, qui ne cesse de faire couler de l’encre entre les professionnels de la profession.

Aujourd’hui, certains médias survivent voire évoluent pendant que d’autres meurent. D’autres changent de directive, comme pour le cas de France Soir après son rachat par Alexandre Pugachev, fils d’un oligarque russe. Une erreur fatale. Dans ce cas-là, le journal perd ses repères, son histoire et repart à zéro, ce qui n’est pas sans risques. Le quotidien qui s’est relancé avec une offre à 50 centimes d’euros seulement, a perdu son indépendance, — puisqu’il est très critiqué pour avoir des liens avec l’Élysée –, et est aujourd’hui voué à l’échec face à des ventes insatisfaisantes. D’autres espoirs naissent avec des médias différents,  modernes et adaptés à un public nouveau, — exigeant malgré lui –, qui s’imposent de plus en plus face aux grands, comme le Huffington Post ou encore l’excellent Rue89.

La presse est en perpétuelle quête de lecteurs, se remet en cause en proposant des nouveaux supports à ses non-(futurs)-lecteurs (et oui) : pourquoi ? Le lecteur actuel du journal se laissera séduire par ces nouveaux supports, qui pour lui ne sont finalement qu’un plus, d’accord. Mais celui qui ne lit pas le journal (rappel : le journal est à la quête de nouveaux lecteurs pour gagner plus de revenus et survivre à cette même crise), s’il le découvre par la voie d’Internet et de l’iPad par exemple, je doute franchement qu’il payera, puisque c’est connu, le non-(futur)-lecteur se laissera à coup sûr bouffé par la politique du tout-gratuit d’Internet. Seuls les journaux de qualité voir de prestigieux arriveront à rentabiliser par le voie des nouveaux usages de demain, et encore… Tout ça pour dire que, l’iPad et les autres gadgets, ça n’est absolument pas une solution pour sauver la presse. Cette perversion des médias pour ces nouveaux usages est regrettable : c’est le fameux journal en papier qui se met en danger. La presse doit proposer des solutions sérieuses et en passant, arrêter de vendre son âme à n’importe quel actionnaire ou investisseur qui passe en croyant que c’est la solution miracle, pour garder son indépendance, son histoire et sa marque.

Toute cette crise de la presse est encore à définir avant de trouver ses solutions à celle-ci, c’est quand même l’essentiel. Trouver les facteurs, les analyser, discuter et agir, doucement mais sûrement. Puisqu’elle est à mon humble avis causée par d’incalculables facteurs, dont le journal en lui-même : sa ligne éditoriale et son indépendance. L’indépendance est rare, voire totalement inexistante dans la presse, ai-je pris conscience à ma grande surprise dernièrement en faisant un stage aux Échos (même si aux Échos ils sont plutôt indépendants, mais la définition de l’indépendance dans la presse n’est pas la même que celle de mon dictionnaire)… Au fond, cette crise de la presse est un cercle vicieux et complexe (ou non, c’est selon), et c’est bien malheureux. Je regrette cette époque où le journal en papier se vendait comme des petits pains chauds… Je crains le pire pour l’avenir de la presse, personnellement. Pour résumer : il faut remettre à la mode le journal papier, car il est beaucoup trop précieux, il est le Symbole de la presse. Le journal papier devrait survivre à notre ère de nouvelles technologies et de modernité absolue, pour l’éternité, comme une bague de grand-mère qui traverse une famille de générations en générations…

Portait du “breaking news”, nouvelle forme de journalisme née sur Twitter

Le “breaking news”, nouvelle forme de journalisme… née sur Twitter. Créée par des passionnés ou autres mutants issus de la mystérieuse “génération Y”, cette nouvelle forme de journalisme ne cesse d’en attirer plus d’un malgré ses grands défauts (consacrer sa journée à la veille sur l’actualité), mais comme je l’ai dit juste avant, “créée par des passionnés” (de journalisme, d’actualité) donc comme on le dit, la passion passe avant tout.

Concrètement, le “breaking news” (information de dernière heure, information fracassante) s’explique en plusieurs points : un compte Twitter, une passion, une folie et une envie (souvent par passion, et moins pour gagner de l’argent, voir plus bas). Plusieurs sources (RSS, “sources privées”, followings, contacts et services de presse officiels, etc.) sont nécessaires. Car avant tout : être toujours le plus rapide possible. Être anglophone est obligatoire car 90% des sources sont anglaises (et de plus en plus espagnoles d’ailleurs), et la traduction d’un tweet n’est pas forcément facile à insérer dans 140 caractères, pour les très rares francophones à mettre dans les pieds de ce système quasi-sectaire.

Inutile de vous expliquer qu’il faut énormément de temps pour se consacrer à un vrai four gratuit d’actualités chaudes, mais la majorité des comptes de “breaking news” sont gérées par une équipe. Certains choisissent de fournir une actualité que lorsqu’ils sont disponibles pour veiller. Prenons un œil d’économiste (pour ne pas dire de capitaliste), et jugeons ce nouveau journalisme. Pour être radical, ce nouveau journalisme n’est pas rentable (comme l’actualité en elle-même ?), vraiment pas rentable. Il ne peut servir qu’à des fins “d’achat de crédibilité”, voir d’audience… Ce qui est déjà (très ?) suffisant car l’“achat de crédibilité” peut servir à développer un média (qui lui aura un modèle économique), qui peut s’avérer dans les meilleurs des cas d’une incroyable utilité, mais vraiment.

Comme exemple : Michael van Poppel. Ce nom est très connu dans le secteur du “breaking news”, et c’est dire : Michael van Poppel a (quand même) aujourd’hui un article sur Wikipédia consacré à son nom, sans compter les nombreux articles à son propos. Michael est le fondateur du célèbre compte Twitter @BreakingNews (une question s’impose : ceux qui ne suivent pas ce compte sont-ils réellement sur Twitter ?), auparavant nommé @BreakingNewsOn, né en mai 2007 avec une petite équipe de bénévoles. Des tweets d’actualité toujours en avance par rapport aux autres, qui ont permis à Michael van Poppel de s’empocher une solide crédibilité. Pourtant, ce néerlandais d’une vingtaine d’années n’est même pas journaliste à la base, mais il est aujourd’hui le fondateur d’une agence de presse : BNO News, soit “Breaking News On News”, agence créée à la fin de 2008, avec aujourd’hui quelques clients sérieux à la clé comme Msnbc.com, — le premier client de l’agence en contre-parti du rachat il y a maintenant quelques mois du compte @BreakingNews, s’offrant aussi le nom de domaine breakingnews.com un mois après le rachat du compte @BreakingNews –, ou encore Thaindian News. Pour les curieux, les dépêches de l’agence BNO News sont disponibles sur le site WireUpdate.com (@WireUpdate sur Twitter). BNO News s’est fait connaître notamment grâce à l’obtention d’une vidéo exclusive (et authentique) d’Oussama Ben Laden, obtenue en septembre 2007, ensuite rachetée par l’agence de presse Reuters. Tout une série de news, parfois 10 minutes avant les principales agences de presse, ce qui est énorme. Ce parcours est bien évidemment très rare, car il demande beaucoup de travail, de chance, de passion et de motivation… Exemple parfait de l’agence de presse née sur Internet (sur Twitter pour être précis), le beau parcours de Michael van Poppel peut faire rêver… Aujourd’hui l’agence BNO News compte quelques journalistes dans son équipe, et a une façon particulière d’être les plus rapides. D’ailleurs, une petite histoire sympa à lire à propos de BNO News : “ BNO News beats New York 911 call ”. Et le compte @BreakingNews lui qui n’appartient plus à Michael van Poppel donc, compte aujourd’hui plus d’1,7 millions de followers… Mais depuis ce rachat par Msnbc.com, @BreakingNews a un peu changé… en terme de rapidité notamment, prenant un recul de plusieurs secondes (oui, ça se compte en secondes et petites minutes), face aux vrais mutants du “breaking news” comme @USABreakingNews, @Upfront_News, @mpoppel en personne ou même @RodrigoBNO (l’un des deux fondateurs de BNO News)… (Quelle génération celle-là ?)

Alors que @cnnbrk en compte lui plus de 3 millions. Le compte @cnnbrk (“CNN Breaking News”) a été lui aussi racheté, cette fois-ci par… CNN bien évidemment, à un jeune développeur britannique, James Cox, qui a créé ce compte Twitter pour recevoir les alertes de la chaîne sur son mobile. “CNN et James Cox ont respectivement confirmé au Washington Post [article du WashingtonPost.com] avoir passé un accord qui permet à la chaîne câblée de prendre possession de ce compte. Il ne s’agit pourtant pas d’un rachat pur et simple puisque les règles de Twitter interdisent ce genre de transaction autour d’un nom de compte accordé gratuitement. Par conséquent, James Cox est devenu consultant pour CNN ce qui inclut le transfert de son compte à la chaîne”, peut-on lire dans un article de ZDNet.fr à ce sujet. Il y est aussi souligné que, “depuis, ce compte Twitter est devenu un véritable phénomène, arrivant en tête des consultations, devant les très populaires Ashton Kutcher et Britney Spears”…

D’autres comptes de “breaking newsers”, pas forcément connus eux, font un travail remarquable et ce rapidement… Comme : @USABreakingNews, @Upfront_News, @alertanews, etc. Il y a en a des tonnes et en différentes langues. Mais, et les français ? Pas beaucoup de courageux pour tout vous dire. Il ne faut pas mêler les mutants qui veillent sur les sites d’actualité et les autres mutants qui veillent sur l’actualité chaude… D’ailleurs, soulignons-le : veiller sur les sites d’actualité peut être fait par un robot, ou être fait manuellement par un humain, sans forcément être 24 heures sur 24 derrière l’ordinateur (utiles les flux RSS)… Alors que les mutants qui veillent sur l’actualité chaude (“breaking news”), eux, doivent être disponibles 24 heures sur 24, l’œil acharné sur leurs différentes sources… Qui dit Twitter, Internet, et “actualité chaude”, dit forcément… fiabilité des sources. Il ne faut jamais prendre le risque de tweeter une information que vous avez lu dans la timeline sans qu’on soit sûr de sa source ! Et surtout, il ne faut pas hésiter à corriger l’erreur quand on en fait une… Enfin bref, revenons à la demande initiale : “Et les français ?” A vrai dire, à ma connaissance, seulement trois. C’est @AgenceFlash, @LesNews, et @FlashInfos (géré par moi-même). Détaillons ces agences de “breaking news” françaises une à une. Pour ces trois agences françaises de “breaking news”, elles optent tous pour le choix de fournir de l’actualité que lorsque quelqu’un  est disponible derrière le clavier.

L’@AgenceFlash. Créée par Romain Delacroix, un web-journaliste étudiant en droit, et Hugo R.-C., lycéen, l’Agence Flash a une particularité : partager ses propres news, c’est-à-dire oublier les agences de presse, et chercher l’information directement depuis les sources plus ou moins officielles. Romain m’explique depuis le train que Twitter que l’Agence Flash est une société en formation”, “ça veut dire que nous ne sommes pas encore immatriculés au registre du commerce mais qu’on y réfléchit pour devenir une société.” Romain précise : “On est surtout spécialisé dans le Breaking News politique”, parce qu’il ne faut pas oublier que l’Agence Flash a été créée le 7 juin 2009, durant la période des élections européennes. La seule difficulté que nous avons c’est de savoir où s’orienter ou comment s’orienter. Nous sommes passionnés par l’info c’est un fait. Le tout c’est essayer de gagner de l’argent pour pouvoir ensuite assurer des couvertures sur le terrain comme pour des meetings ou des sommets du G20 ou européen”, m’explique-t-il. J’avouerais que nous aimerions travailler avec ou pour un grand groupe de presse”, ajoute-t-il. Pour la question du temps, on fait ce qu’on peut. On est tous les deux tenus par les cours. Moi-même j’ai quelques obligations professionnelles (plusieurs contrats étudiant)”. Twitter : @AgenceFlash – Site : flash-politique.fr.

@LesNews. De nombreuses critiques à faire mais je ne vais pas les attaquer pour rester objectif. @LesNews a été créé par un parisien, nommé Anthony, il y a environ un an me dit Alexandre, le second membre de l’équipe (ils sont deux au total). “Les News a été créé pour combler le vide qui existait après la naissance de BNO News dans le marché francophone. Les News n’a pas la prétention d’être une agence de presse à part entière, mais un relais dans la transmission des informations qui circulent déjà sur la toile”, m’explique-t-il. Twitter : @LesNews – Site : lesnewsfr.com.

@FlashInfos. Bon. Facile, c’est à moi. @FlashInfos a été fondé il y a plusieurs mois, mais le “breaking news” a toujours partiellement existé chez la @FoireauxLiens. Pour tout vous dire, je n’ai jamais vraiment eu le temps de m’y consacrer beaucoup par manque cruel de temps. Cependant, @FlashInfos fournit de temps en temps quelques “breaking news” par-ci et par-là, et via une multitudes de sources, et surtout (ce qui fait la force de la plupart des “breaking newsers”) : aucun conflit d’intérêts, indépendance assurée sur @FlashInfos. Tout ça efficacement, rapidement, gratuitement et en français. Twitter : @FlashInfos – Site : foireauxliens.free.fr/info.

Le “breaking news”, bien que ce soit de l’actualité efficace et rapide, n’est pas forcément riche (ni beau) journalistiquement parlant… De l’info brut, à s’en douter de l’utilité. Je trouve ça “bien” en soi mais dévalorisant pour le journalisme. Le “breaking news” avance  rapidement et ne cesse de conquérir la presse, Internet et les nouveaux médias, en poussant les médias traditionnels à être de plus en plus rapides… Mais malheureusement les français ont un léger train de retard, il ne faut pas se le cacher. Le “breaking news” n’en est qu’à ses débuts et promet d’avoir un parcours palpitant… Il y a tellement de choses à raconter et à vous partager, comme la “révolution” sur Twitter lors des manifestations en Iran, où les “breaking newsers” étaient le média numéro 1 pour relayer l’information, dont leur source principale était les “journalistes citoyens”… Mais ce n’est pas facile de réunir une dizaine d’articles en un seul, alors j’espère que cet article vous plaît. Quant à moi, le “breaking news” attire beaucoup ma curiosité… Et il faut le dire, cette “génération Y”, elle est complètement malade ! ;-)

Christophe Duman

http://en.wikipedia.org/wiki/Michael_van_Poppel

Interview de David Dufresne à propos du webdocumentaire “Prison Valley”

Suite à la mise en ligne de Prison Valley, j’avais rédigé un article à ce propos. Sans trop y croire, j’ai contacté David Dufresne pour répondre à quelques questions rédigées rapidement, et tardivement, vers 4h30 du matin… Et tout à l’heure, surprise, je reçois un mail de celui-ci avec les réponses. Voici donc les questions, et les réponses de David Dufresne, l’un des deux écrivains et réalisateurs avec Philippe Brault du webdocumentaire Prison Valley.

Merci à David pour ses réponses.

Que retirez-vous du système carcéral américain ?

Comme le dit l’un des protagonistes du film — Christie Donner —, j’ai été particulièrement frappé par la profondeur et la largeur de son étendu. Profondeur ? Jusqu’où les peines et le contrôle peuvent aller. Largeur ? Le nombre d’individus concernés.

Comment le tournage s’est-il passé ? Pendant combien de temps ? Sans aucune difficulté ?

Nous avons effectué deux voyages. Le premier, en juin 2009, s’est déroulé sur une durée de trois semaines. Repérages, interviews, ambiance. Et tentative d’obtenir des autorisations pour entrer dans des prisons. Ce qui fut fait lors du second périple, en septembre 2009. Ce second voyage (15 jours) a été exclusivement porté sur les tournages d’ambiance.

Y a-t-il des choses que vous n’avez pu raconter dans le documentaire ?

Notre fatigue, sur place. Notre excitation, sur place. Notre bonheur, ensuite, à travailler avec l’équipe de production d’Upian. Autant sur le plan de la création, que sur celui de la camaraderie. De la complicité. Sincèrement, ce fut de longs mois palpitants et riches en émotions, en difficultés, en (re)trouvailles.

Pour finir, êtes-vous satisfaits de votre projet ?

Ce n’est pas à nous de le dire ,-) Une chose est sûre: nous avons pu essayer. Nous avons pu tenter. Nous avons pu explorer. Je souhaite à tous les documentaristes de vivre une telle expérience.

Une dernière chose à dire ?

Rien n’est plus beau, pour un vieux comme moi (41 ans) de recevoir un mail de quelqu’un comme toi (15 ans). Ça veut dire que quelque chose se passe, une curiosité, des envies, des interrogations. C’est bien pour ça qu’on fait ce métier, non ?
Christophe Duman