Archives mensuelles : avril 2010

Portait du “breaking news”, nouvelle forme de journalisme née sur Twitter

Le “breaking news”, nouvelle forme de journalisme… née sur Twitter. Créée par des passionnés ou autres mutants issus de la mystérieuse “génération Y”, cette nouvelle forme de journalisme ne cesse d’en attirer plus d’un malgré ses grands défauts (consacrer sa journée à la veille sur l’actualité), mais comme je l’ai dit juste avant, “créée par des passionnés” (de journalisme, d’actualité) donc comme on le dit, la passion passe avant tout.

Concrètement, le “breaking news” (information de dernière heure, information fracassante) s’explique en plusieurs points : un compte Twitter, une passion, une folie et une envie (souvent par passion, et moins pour gagner de l’argent, voir plus bas). Plusieurs sources (RSS, “sources privées”, followings, contacts et services de presse officiels, etc.) sont nécessaires. Car avant tout : être toujours le plus rapide possible. Être anglophone est obligatoire car 90% des sources sont anglaises (et de plus en plus espagnoles d’ailleurs), et la traduction d’un tweet n’est pas forcément facile à insérer dans 140 caractères, pour les très rares francophones à mettre dans les pieds de ce système quasi-sectaire.

Inutile de vous expliquer qu’il faut énormément de temps pour se consacrer à un vrai four gratuit d’actualités chaudes, mais la majorité des comptes de “breaking news” sont gérées par une équipe. Certains choisissent de fournir une actualité que lorsqu’ils sont disponibles pour veiller. Prenons un œil d’économiste (pour ne pas dire de capitaliste), et jugeons ce nouveau journalisme. Pour être radical, ce nouveau journalisme n’est pas rentable (comme l’actualité en elle-même ?), vraiment pas rentable. Il ne peut servir qu’à des fins “d’achat de crédibilité”, voir d’audience… Ce qui est déjà (très ?) suffisant car l’“achat de crédibilité” peut servir à développer un média (qui lui aura un modèle économique), qui peut s’avérer dans les meilleurs des cas d’une incroyable utilité, mais vraiment.

Comme exemple : Michael van Poppel. Ce nom est très connu dans le secteur du “breaking news”, et c’est dire : Michael van Poppel a (quand même) aujourd’hui un article sur Wikipédia consacré à son nom, sans compter les nombreux articles à son propos. Michael est le fondateur du célèbre compte Twitter @BreakingNews (une question s’impose : ceux qui ne suivent pas ce compte sont-ils réellement sur Twitter ?), auparavant nommé @BreakingNewsOn, né en mai 2007 avec une petite équipe de bénévoles. Des tweets d’actualité toujours en avance par rapport aux autres, qui ont permis à Michael van Poppel de s’empocher une solide crédibilité. Pourtant, ce néerlandais d’une vingtaine d’années n’est même pas journaliste à la base, mais il est aujourd’hui le fondateur d’une agence de presse : BNO News, soit “Breaking News On News”, agence créée à la fin de 2008, avec aujourd’hui quelques clients sérieux à la clé comme Msnbc.com, — le premier client de l’agence en contre-parti du rachat il y a maintenant quelques mois du compte @BreakingNews, s’offrant aussi le nom de domaine breakingnews.com un mois après le rachat du compte @BreakingNews –, ou encore Thaindian News. Pour les curieux, les dépêches de l’agence BNO News sont disponibles sur le site WireUpdate.com (@WireUpdate sur Twitter). BNO News s’est fait connaître notamment grâce à l’obtention d’une vidéo exclusive (et authentique) d’Oussama Ben Laden, obtenue en septembre 2007, ensuite rachetée par l’agence de presse Reuters. Tout une série de news, parfois 10 minutes avant les principales agences de presse, ce qui est énorme. Ce parcours est bien évidemment très rare, car il demande beaucoup de travail, de chance, de passion et de motivation… Exemple parfait de l’agence de presse née sur Internet (sur Twitter pour être précis), le beau parcours de Michael van Poppel peut faire rêver… Aujourd’hui l’agence BNO News compte quelques journalistes dans son équipe, et a une façon particulière d’être les plus rapides. D’ailleurs, une petite histoire sympa à lire à propos de BNO News : “ BNO News beats New York 911 call ”. Et le compte @BreakingNews lui qui n’appartient plus à Michael van Poppel donc, compte aujourd’hui plus d’1,7 millions de followers… Mais depuis ce rachat par Msnbc.com, @BreakingNews a un peu changé… en terme de rapidité notamment, prenant un recul de plusieurs secondes (oui, ça se compte en secondes et petites minutes), face aux vrais mutants du “breaking news” comme @USABreakingNews, @Upfront_News, @mpoppel en personne ou même @RodrigoBNO (l’un des deux fondateurs de BNO News)… (Quelle génération celle-là ?)

Alors que @cnnbrk en compte lui plus de 3 millions. Le compte @cnnbrk (“CNN Breaking News”) a été lui aussi racheté, cette fois-ci par… CNN bien évidemment, à un jeune développeur britannique, James Cox, qui a créé ce compte Twitter pour recevoir les alertes de la chaîne sur son mobile. “CNN et James Cox ont respectivement confirmé au Washington Post [article du WashingtonPost.com] avoir passé un accord qui permet à la chaîne câblée de prendre possession de ce compte. Il ne s’agit pourtant pas d’un rachat pur et simple puisque les règles de Twitter interdisent ce genre de transaction autour d’un nom de compte accordé gratuitement. Par conséquent, James Cox est devenu consultant pour CNN ce qui inclut le transfert de son compte à la chaîne”, peut-on lire dans un article de ZDNet.fr à ce sujet. Il y est aussi souligné que, “depuis, ce compte Twitter est devenu un véritable phénomène, arrivant en tête des consultations, devant les très populaires Ashton Kutcher et Britney Spears”…

D’autres comptes de “breaking newsers”, pas forcément connus eux, font un travail remarquable et ce rapidement… Comme : @USABreakingNews, @Upfront_News, @alertanews, etc. Il y a en a des tonnes et en différentes langues. Mais, et les français ? Pas beaucoup de courageux pour tout vous dire. Il ne faut pas mêler les mutants qui veillent sur les sites d’actualité et les autres mutants qui veillent sur l’actualité chaude… D’ailleurs, soulignons-le : veiller sur les sites d’actualité peut être fait par un robot, ou être fait manuellement par un humain, sans forcément être 24 heures sur 24 derrière l’ordinateur (utiles les flux RSS)… Alors que les mutants qui veillent sur l’actualité chaude (“breaking news”), eux, doivent être disponibles 24 heures sur 24, l’œil acharné sur leurs différentes sources… Qui dit Twitter, Internet, et “actualité chaude”, dit forcément… fiabilité des sources. Il ne faut jamais prendre le risque de tweeter une information que vous avez lu dans la timeline sans qu’on soit sûr de sa source ! Et surtout, il ne faut pas hésiter à corriger l’erreur quand on en fait une… Enfin bref, revenons à la demande initiale : “Et les français ?” A vrai dire, à ma connaissance, seulement trois. C’est @AgenceFlash, @LesNews, et @FlashInfos (géré par moi-même). Détaillons ces agences de “breaking news” françaises une à une. Pour ces trois agences françaises de “breaking news”, elles optent tous pour le choix de fournir de l’actualité que lorsque quelqu’un  est disponible derrière le clavier.

L’@AgenceFlash. Créée par Romain Delacroix, un web-journaliste étudiant en droit, et Hugo R.-C., lycéen, l’Agence Flash a une particularité : partager ses propres news, c’est-à-dire oublier les agences de presse, et chercher l’information directement depuis les sources plus ou moins officielles. Romain m’explique depuis le train que Twitter que l’Agence Flash est une société en formation”, “ça veut dire que nous ne sommes pas encore immatriculés au registre du commerce mais qu’on y réfléchit pour devenir une société.” Romain précise : “On est surtout spécialisé dans le Breaking News politique”, parce qu’il ne faut pas oublier que l’Agence Flash a été créée le 7 juin 2009, durant la période des élections européennes. La seule difficulté que nous avons c’est de savoir où s’orienter ou comment s’orienter. Nous sommes passionnés par l’info c’est un fait. Le tout c’est essayer de gagner de l’argent pour pouvoir ensuite assurer des couvertures sur le terrain comme pour des meetings ou des sommets du G20 ou européen”, m’explique-t-il. J’avouerais que nous aimerions travailler avec ou pour un grand groupe de presse”, ajoute-t-il. Pour la question du temps, on fait ce qu’on peut. On est tous les deux tenus par les cours. Moi-même j’ai quelques obligations professionnelles (plusieurs contrats étudiant)”. Twitter : @AgenceFlash – Site : flash-politique.fr.

@LesNews. De nombreuses critiques à faire mais je ne vais pas les attaquer pour rester objectif. @LesNews a été créé par un parisien, nommé Anthony, il y a environ un an me dit Alexandre, le second membre de l’équipe (ils sont deux au total). “Les News a été créé pour combler le vide qui existait après la naissance de BNO News dans le marché francophone. Les News n’a pas la prétention d’être une agence de presse à part entière, mais un relais dans la transmission des informations qui circulent déjà sur la toile”, m’explique-t-il. Twitter : @LesNews – Site : lesnewsfr.com.

@FlashInfos. Bon. Facile, c’est à moi. @FlashInfos a été fondé il y a plusieurs mois, mais le “breaking news” a toujours partiellement existé chez la @FoireauxLiens. Pour tout vous dire, je n’ai jamais vraiment eu le temps de m’y consacrer beaucoup par manque cruel de temps. Cependant, @FlashInfos fournit de temps en temps quelques “breaking news” par-ci et par-là, et via une multitudes de sources, et surtout (ce qui fait la force de la plupart des “breaking newsers”) : aucun conflit d’intérêts, indépendance assurée sur @FlashInfos. Tout ça efficacement, rapidement, gratuitement et en français. Twitter : @FlashInfos – Site : foireauxliens.free.fr/info.

Le “breaking news”, bien que ce soit de l’actualité efficace et rapide, n’est pas forcément riche (ni beau) journalistiquement parlant… De l’info brut, à s’en douter de l’utilité. Je trouve ça “bien” en soi mais dévalorisant pour le journalisme. Le “breaking news” avance  rapidement et ne cesse de conquérir la presse, Internet et les nouveaux médias, en poussant les médias traditionnels à être de plus en plus rapides… Mais malheureusement les français ont un léger train de retard, il ne faut pas se le cacher. Le “breaking news” n’en est qu’à ses débuts et promet d’avoir un parcours palpitant… Il y a tellement de choses à raconter et à vous partager, comme la “révolution” sur Twitter lors des manifestations en Iran, où les “breaking newsers” étaient le média numéro 1 pour relayer l’information, dont leur source principale était les “journalistes citoyens”… Mais ce n’est pas facile de réunir une dizaine d’articles en un seul, alors j’espère que cet article vous plaît. Quant à moi, le “breaking news” attire beaucoup ma curiosité… Et il faut le dire, cette “génération Y”, elle est complètement malade ! ;-)

Christophe Duman

http://en.wikipedia.org/wiki/Michael_van_Poppel

Interview de David Dufresne à propos du webdocumentaire “Prison Valley”

Suite à la mise en ligne de Prison Valley, j’avais rédigé un article à ce propos. Sans trop y croire, j’ai contacté David Dufresne pour répondre à quelques questions rédigées rapidement, et tardivement, vers 4h30 du matin… Et tout à l’heure, surprise, je reçois un mail de celui-ci avec les réponses. Voici donc les questions, et les réponses de David Dufresne, l’un des deux écrivains et réalisateurs avec Philippe Brault du webdocumentaire Prison Valley.

Merci à David pour ses réponses.

Que retirez-vous du système carcéral américain ?

Comme le dit l’un des protagonistes du film — Christie Donner —, j’ai été particulièrement frappé par la profondeur et la largeur de son étendu. Profondeur ? Jusqu’où les peines et le contrôle peuvent aller. Largeur ? Le nombre d’individus concernés.

Comment le tournage s’est-il passé ? Pendant combien de temps ? Sans aucune difficulté ?

Nous avons effectué deux voyages. Le premier, en juin 2009, s’est déroulé sur une durée de trois semaines. Repérages, interviews, ambiance. Et tentative d’obtenir des autorisations pour entrer dans des prisons. Ce qui fut fait lors du second périple, en septembre 2009. Ce second voyage (15 jours) a été exclusivement porté sur les tournages d’ambiance.

Y a-t-il des choses que vous n’avez pu raconter dans le documentaire ?

Notre fatigue, sur place. Notre excitation, sur place. Notre bonheur, ensuite, à travailler avec l’équipe de production d’Upian. Autant sur le plan de la création, que sur celui de la camaraderie. De la complicité. Sincèrement, ce fut de longs mois palpitants et riches en émotions, en difficultés, en (re)trouvailles.

Pour finir, êtes-vous satisfaits de votre projet ?

Ce n’est pas à nous de le dire ,-) Une chose est sûre: nous avons pu essayer. Nous avons pu tenter. Nous avons pu explorer. Je souhaite à tous les documentaristes de vivre une telle expérience.

Une dernière chose à dire ?

Rien n’est plus beau, pour un vieux comme moi (41 ans) de recevoir un mail de quelqu’un comme toi (15 ans). Ça veut dire que quelque chose se passe, une curiosité, des envies, des interrogations. C’est bien pour ça qu’on fait ce métier, non ?
Christophe Duman

“Prison Valley.” Un projet cinématographique époustouflant au coeur de l’industrie carcérale américaine

36.000 âmes et 13 prisons. Et 7.335 détenus. Pour la première fois, un webdocumentaire passe définitivement à la vitesse supérieure. Un carnet de route de cinquante-neuf minutes et des poussières. Posé et interactif, et surtout de qualité, Prison Valley se veut être un webdocumentaire sur l’industrie carcérale américaine, avec un regard encore inédit. Époustouflant, est le premier mot venu s’incruster dans mon esprit trop occupé à visionner le webdocumentaire.

Au menu de celui-ci, un site très social et interactif, avec des sujets qui passent de l’un à l’autre au fil des rues traversées. On traverse le Colorado ; la prison prend une autre allure. Celle de l’« enfer » apaisé par la loi du silence. Écrit et réalisé par le journaliste indépendant David Dufresne et le photographe Philippe Brault, co-produit par ARTE France et Upian avec la participation du CNC, ce webdocumentaire offre une plongée d’excellence en haute définition dans “l’industrie de la prison”, avec une intégration parfaite aux usages des technophiles de demain : un compte Twitter, une page Facebook, une application iPhone avec plusieurs portfolios sonores, et une intégration du site à Twitter et Facebook…

“Plus d’un adulte sur cent est maintenant enfermé aux États-Unis. C’est plus qu’en Chine ou en Russie.” Prison Valley propose au lecteur de ce récit cinématographique d’être au cœur du débat, en participant aux discussions dans un forum dédié, ou en commentant en temps réel le sujet actuellement visionné par celui-ci avec les autres spectateurs le visionnant aussi. Au Cañon City dans le comté de Fremont (dans le Colorado),  16% de la population est incarcérée. Et si elle ne l’est pas, elle est forcément dans les prisons, pour y travailler ou pour y voir ses proches. Le Cañon City compte aussi la prison des prisons, le Supermax, celle de grands prisonniers comme par exemple Zacarias Moussaoui.

Dans une société occidentale qui a fait le choix de l’enfermement, de la répression et du contrôle — plutôt que de la prévention et de l’éducation –, aller à Cañon City, c’est se plonger dans notre avenir.

Une industrie semblable à celle de l’esclavage, où les détenus sont ruinés par la misère du système carcérale américain. Un webdocumentaire à voir dès maintenant sur Arte.tv. Sans oublier le blog des auteurs. Notez aussi que le documentaire sera diffusé sur ARTE le 12 juin 2010 à 16h50.

La Foire aux Liens félicite toute l’équipe pour ce fabuleux projet.

Christophe Duman


Greenpeace ne lâche pas l’affaire face à Nestlé et continue ses actions

Suite à l’immense attaque contre les Kit Kat de Nestlé, celle-ci ne donne toujours pas de réponse concrète aux exigences de Greenpeace. Face à l’utilisation abusive d’huile de palme produite par “le criminel” Sinar Mas par Nestlé, Greenpeace ne lâche pas l’affaire et continue ses actions.

Greenpeace a pour ceci utilisé pas mal de réseaux sociaux pour communiquer et informer ses différents lecteurs de ses actions (comme Facebook, Twitter ou YouTube). Leurs actions, que je juge énormément belles et symboliques, méritent tout mon respect. La Foire aux Liens soutient Greenpeace pour son combat contre Nestlé et pour toutes ses autres actions.

Twitter utilisé sans limite par Greenpeace

Un site dédié à la compagne avait été créé. Dessus, un groupe Facebook pour se tenir au courant de l’actualité  de Greenpeace et un compte Twitter. Mais ce n’est pas tout : différents comptes existent pour pas mal de “sièges” de Greenpeace, comme Greenpeace France, Greenpeace Allemagne ou encore Greenpeace Suisse.

Greenpeace a énormément misé sur Twitter. Désormais, les tweets affichés avec le hashtag #nestle seront affichés dans un grand écran de 25 mètres sur 15, posé sur un camion, devant le siège de Greenpeace qui se situe en Suisse, à Vevey. Je n’ai malheureusement pas plus d’informations sur le procédé pour le moment. Voici quelques photos du camion partagées via le compte Twitter/Twitpic de Greenpeace Allemagne :

Mais Greenpeace n’a pas terminé : en ce moment même, elle mène une action à l’Assemblée générale de Nestlé  à Lausanne, — toujours en Suisse –, qui vise à afficher une grosse bannière avec dessus le fameux slogan suivant : “Give the orang-utan a break…” (photos et vidéos)

« Des activistes de Greenpeace ont réussi un coup d’éclat lors de l’assemblée générale de Nestlé qui se tient à Lausanne. Après avoir scié deux ouvertures dans le toit de la halle, deux militants sont descendus en rappel avec un panneau [...] Peu après le début de l’assemblée, du bruit est venu du plafond, a raconté jeudi à l’ATS un photographe. Les gens de Greenpeace ont scié deux trous à la tronçonneuse et deux individus sont descendus avec une corde. Ils sont depuis ce moment suspendus à une dizaine de mètres du sol » peut-on lire dans un article du site 24 heures.ch. Un activiste de Greenpeace a publié une vidéo expliquant son acte sur vimeo.com, à voir ici.

Greenpeace n’a pas fini et se lance dans une bataille sans limites contre Nestlé. Affaire à suivre de très près…

Christophe Duman

A voir