Archives mensuelles : juin 2010

La crise de la presse, c’est aussi la crise de notre société

Analyse, par Christophe Duman

Au grand désespoir, notre société s’intéresse de plus en plus aux choses futiles qu’aux choses fondamentalement utiles, c’est-à-dire que nous vivons dans une époque où la presse people et ses faux scoops intéressent davantage que l’actualité internationale. Une question de priorité dans certains cas. Sans aucunement vouloir s’acharner sur notre société et l’époque qu’on traverse, je dirais que le problème vient des lecteurs, et non de la presse en elle-même.

Quoique… La presse française ne sait pas comment gérer cette crise et tient espoir du Web et des nouvelles technologies, comme l’iPad, l’iPhone et les autres gadgets en tous genres. Cependant, cela revient à déplacer le problème. Financièrement parlant, ça n’est pas un problème en soi pour le média, car il fait son bénéfice et pour lui, qu’importe la façon dont il le fait, du moment qu’il survit à ses dépenses. D’un autre point de vue, dans un cercle vicieux, cela revient à créer une autre crise de la presse : non plus financière mais beaucoup plus prononcée, voire totalement irréversible.  Le futur lecteur s’habituera de plus en plus aux gâteries interactives des médias et oubliera le papier. A long terme, cela détruira la presse et les symboles qui la définisse. Parce qu’au lieu d’essayer de séduire de nouveaux lecteurs avec le journal en papier, le média pense qu’en créant une application pour iPad, tout sera comme avant. Absolument faux ! Que le quotidien soit disponible sur l’iPad ou non, ça ne changera absolument rien. C’est un problème plus sérieux, la crise de la presse c’est aussi la crise de notre société : autrefois, s’informer était un réflexe, aujourd’hui, s’informer est un besoin (professionnel par exemple) ou une passion… Évidemment, je peux comprendre le fait que les médias s’inquiètent à en trembler, parce que c’est difficile d’imaginer des solutions qui épargneront efficacement les médias de cette crise, qui ne cesse de faire couler de l’encre entre les professionnels de la profession.

Aujourd’hui, certains médias survivent voire évoluent pendant que d’autres meurent. D’autres changent de directive, comme pour le cas de France Soir après son rachat par Alexandre Pugachev, fils d’un oligarque russe. Une erreur fatale. Dans ce cas-là, le journal perd ses repères, son histoire et repart à zéro, ce qui n’est pas sans risques. Le quotidien qui s’est relancé avec une offre à 50 centimes d’euros seulement, a perdu son indépendance, — puisqu’il est très critiqué pour avoir des liens avec l’Élysée –, et est aujourd’hui voué à l’échec face à des ventes insatisfaisantes. D’autres espoirs naissent avec des médias différents,  modernes et adaptés à un public nouveau, — exigeant malgré lui –, qui s’imposent de plus en plus face aux grands, comme le Huffington Post ou encore l’excellent Rue89.

La presse est en perpétuelle quête de lecteurs, se remet en cause en proposant des nouveaux supports à ses non-(futurs)-lecteurs (et oui) : pourquoi ? Le lecteur actuel du journal se laissera séduire par ces nouveaux supports, qui pour lui ne sont finalement qu’un plus, d’accord. Mais celui qui ne lit pas le journal (rappel : le journal est à la quête de nouveaux lecteurs pour gagner plus de revenus et survivre à cette même crise), s’il le découvre par la voie d’Internet et de l’iPad par exemple, je doute franchement qu’il payera, puisque c’est connu, le non-(futur)-lecteur se laissera à coup sûr bouffé par la politique du tout-gratuit d’Internet. Seuls les journaux de qualité voir de prestigieux arriveront à rentabiliser par le voie des nouveaux usages de demain, et encore… Tout ça pour dire que, l’iPad et les autres gadgets, ça n’est absolument pas une solution pour sauver la presse. Cette perversion des médias pour ces nouveaux usages est regrettable : c’est le fameux journal en papier qui se met en danger. La presse doit proposer des solutions sérieuses et en passant, arrêter de vendre son âme à n’importe quel actionnaire ou investisseur qui passe en croyant que c’est la solution miracle, pour garder son indépendance, son histoire et sa marque.

Toute cette crise de la presse est encore à définir avant de trouver ses solutions à celle-ci, c’est quand même l’essentiel. Trouver les facteurs, les analyser, discuter et agir, doucement mais sûrement. Puisqu’elle est à mon humble avis causée par d’incalculables facteurs, dont le journal en lui-même : sa ligne éditoriale et son indépendance. L’indépendance est rare, voire totalement inexistante dans la presse, ai-je pris conscience à ma grande surprise dernièrement en faisant un stage aux Échos (même si aux Échos ils sont plutôt indépendants, mais la définition de l’indépendance dans la presse n’est pas la même que celle de mon dictionnaire)… Au fond, cette crise de la presse est un cercle vicieux et complexe (ou non, c’est selon), et c’est bien malheureux. Je regrette cette époque où le journal en papier se vendait comme des petits pains chauds… Je crains le pire pour l’avenir de la presse, personnellement. Pour résumer : il faut remettre à la mode le journal papier, car il est beaucoup trop précieux, il est le Symbole de la presse. Le journal papier devrait survivre à notre ère de nouvelles technologies et de modernité absolue, pour l’éternité, comme une bague de grand-mère qui traverse une famille de générations en générations…