Archives mensuelles : août 2010

Ebrahim Hamidi, condamné à la pendaison en Iran pour homosexualité, “va mourir si nous ne nous mobilisons pas”

Après l’atroce condamnation réservée à Sakineh Mohammadi-Ashtiani, l’Iran persiste et signe dans son irresponsabilité avec cette fois-ci Ebrahim Hamidi, jeune iranien de 18 ans condamné à la pendaison pour homosexualité

Dans le Monde daté de mercredi, les deux écrivains français Philippe Besson et Gilles Leroy lancent un appel pour soutenir la cause de Ebrahim Hamidi, un jeune iranien âgé d’à peine dix-huit ans, condamné à la pendaison pour “homosexualité et acte de sodomie” en Iran.

"Ebrahim Hamidi a 18 ans et il va être pendu", Le Monde - Image : christophe-girard.fr

“Après Sakineh Mohammadi Ashtiani, condamnée à la lapidation pour adultère, l’Iran persiste et signe en condamnant à la pendaison un jeune homme soupçonné d’homosexualité”, écrivent-ils. “Ebrahim Hamidi serait homosexuel. Donc il doit mourir”, déplorent-ils.

L’appel est également soutenu par Alfredo Arias, Dominique Blanc, Arnaud Cathrine, Clara Dupont-Monod, Arnaud Dreyfus, Isabelle Gallimard, Christophe Girard, Valentine Goby, Vincent Josse, Pascale Kramer, Claude Lanzmann, Camille Laurens, Benoît Legemble, Jonathan Littell, Paul Otchakowsky-Laurens, Atiq Rahimi, Chantal Thomas et Mathieu Vidard.

“Cette seule perspective suffirait à nous horrifier, tant elle est contraire à la notion même d’humanité et nous laisse imaginer la terreur dans laquelle vivent les homosexuels iraniens, obligés de se taire, de mentir, de nier leur identité”, poursuivent les écrivains.

L’accusation, serait selon eux, “montée de toutes pièces” à la suite d’une rixe “banale”, les dénonciations “faites par des tiers emprisonnés l’auraient été au prix des promesses de remise en liberté”. Et les aveux d’Ebrahim “extorqués sous la torture”, assurent les écrivains. “Au cours de son procès, l’accusé n’a pas eu le droit à la moindre représentation légale. Quant au verdict, il a été prononcé par un magistrat qui s’en est remis à son propre jugement, procédure utilisée lorsqu’il n’existe pas de preuve formelle.”

Au mois de juillet, la “victime” présumée d’Ebrahim Hamidi a “reconnu avoir portée contre lui de fausses accusations sous la pression de ses parents. On pourrait croire que cette rétractation aurait entraîné l’annulation de la sentence”, mais, “pas du tout”. Ebrahim Hamidi “est toujours coupable d’un “crime” qu’il n’a pas commis. Est-il homosexuel ? Qu’importe, il doit mourir”, rappellent les écrivains.

Ebrahim Hamidi “va mourir, si nous ne nous mobilisons pas. Si nous ne réveillons pas les consciences. Si nous ne crions pas haut et fort et partout que cette condamnation est insupportable et qu’elle doit être cassée”, conclut l’appel.

Dans un article de Paris Match daté du mercredi 11 août, on y apprend que l’avocat de Ebrahim Hamidi, maître Mohammad Mostafaei, spécialiste des droits de l’Homme dans son pays, a été menacé et a dû fuir le territoire iranien pour partir en exil en Norvège. Il est aussi l’ancien avocat de Sakineh Mohammadi-Ashtiani. “A coups de communiqués et de déclarations à la presse, il s’est battu pour que cette affaire soit rendue publique”.

L’article rappelle que Ebrahim Hamidi a été condamné à la pendaison pour homosexualité “sans qu’aucune preuve tangible n’ait avéré « l’acte anal illicite » ; sur le seul fondement de la « connaissance du juge ». Et pour cause : Ebrahim Hamidi ne serait même pas gay. L’origine de ce procès serait en fait une banale dispute entre deux familles, soldée par une accusation lancée à la va-vite, et pourtant irrémédiable”.

Christophe Duman

Gawker crée WikiLeakiLeaks.org, le WikiLeaks consacré à WikiLeaks

Gawker semble être irrité par la transparence totale chez WikiLeaks et très critique envers ses diverses publications. Il a donc voulu en savoir plus sur cette mystérieuse organisation (comme tout le monde), au slogan pour le moins spécial : “we open governments” (“nous ouvrons les gouvernements”).

Le WikiLeaks consacré à WikiLeaks, copie quasi-identique du site WikiLeaks, se sert des documents envoyés par les internautes comme source. Mais comment vraiment vérifier leur authenticité ? WikiLeakiLeaks n’est pas qu’une “source de documents” consacrée à WikiLeaks, mais aussi une source de “rumeurs”. Inquiétant, non ?

Pour envoyer un document à WikileakiLeaks, il faut le faire par e-mail, à l’adresse leaks@wikileakileaks.org. Tout simplement. Comme assurance de sécurité et d’anonymat ? Une simple mention, aussi banale que soit-elle : “anonymat garanti” ; pas de formulaire d’envoi aussi sécurisé et perfectionné que celui de WikiLeaks.

WikiLeakiLeaks cherche à cerner le fonctionnement de WikiLeaks, son financement… Et est à la recherche de qui est (vraiment) derrière WikiLeaks, comme par exemple : qui se cache derrière le pseudonyme “Daniel Schmitt”, ce mystérieux et énième porte-parole de WikiLeaks ? Il s’intéresse aussi de près à la mystérieuse vie du charismatique fondateur de WikiLeaks, l’Australien Julian Assange. Pour le moment, rien de publié. J’attends de voir ce que ça donne.

L’idée de départ peut être intéressante, mais il est évident que c’est un projet déjà à l’eau : le site n’est pas suffisamment protégé et paranoïaque… et peut donc se faire pirater par n’importe quelle organisation, pour une fois WikiLeakiLeaks a la crédibilité aussi solide que celle de WikiLeaks, contrôler la solide image de WikiLeaks.

Christophe Duman

Carla Bruni-Sarkozy violemment insultée de ‘prostituée’ par l’Iran pour son soutien à Sakineh

En dépit de la mobilisation française pour épargner l’Iranienne de 42 ans et mère de deux enfants Sakineh Mohammadi-Ashtiani du destin monstrueux qui lui est réservé, le journal iranien Kayhan, très proche du Guide suprême de la révolution iranienne, l’Ayatollah Ali Khameini, a violemment insulté la Première Dame de France Carla Bruni-Sarkozy de « prostituée » suite au soutien qu’elle a affiché à Mme Mohammadi-Ashtiani dans une lettre destinée à elle publiée sur le site La Règle du Jeu.org du philosophe Bernard Henri-Lévy, l’initiateur d’une pétition contre la lapidation de Mme Mohammadi-Ashtiani signée à l’heure actuelle par plus de 41.000 âmes.

Dans un éditorial intitulé « Les prostituées françaises rejoignent la lutte des droits de l’homme », le journal, considéré comme le plus conservateur des journaux iraniens, publie les propos suivants : « Récemment, Carla Bruni, l’épouse infâme de Nicolas Sarkozy et Isabelle Adjani, l’actrice française à la morale corrompue, ont exprimé leur soutien envers Sakineh. » Le journal, qui dit « défendre l’idéologie de la Révolution islamique » appuie : « Carla Bruni s’est débrouillée pour briser le mariage Sarkozy et devenir la Première Dame de France, encore que récemment il y a eu des nouvelles disant qu’elle a eue une relation avec un chanteur. »

Comme si cela ne suffisait pas pour bouleverser les esprits de l’optimisme à la terreur, la télévision d’État iranienne a quant à elle aussi rispostée en affirmant que Carla Bruni-Sarkozy se servait de cette affaire pour justifier sa propre immoralité.

Carla Bruni-Sarkozy écrivait à Sakineh : « Répandre votre sang, priver vos enfants de leur mère, mais pourquoi ? Parce que vous avez vécu, parce que vous avez aimé, parce que vous êtes une femme, une Iranienne ? Tout en moi se refuse à l’accepter. » « Vos juges doivent le savoir, Sakineh, votre nom est devenu un symbole sur la planète entière. Puissent-ils comprendre que, quelle que soit l’époque, quel que soit le lieu, ils ne pourront jamais se laver les mains d’un tel crime ? » ajoutait-elle.

L’Élysée n’a pour le moment pas souhaité réagir face à ces propos insultants de la part des médias iraniens, néanmoins une source a affirmé au quotidien britannique Daily Mail que Carla Bruni-Sarkozy était « profondément choquée » par cette attaque personnelle.

Samedi, plusieurs centaines de personnes se sont réunies en France (dont 300 à Paris) pour faire pression sur l’Iran

Ce samedi 28 août dernier, plusieurs centaines de personnes se sont réunies en France pour soutenir Mme Mohammadi-Ashtiani, dont parmi elles, quelques 300 personnes sur le Parvis des Libertés et des Droits de l’Homme, place du Trocadéro, dans le 16ème arrondissement de Paris.

Samedi 28 août, sur l'esplanade du Trocadéro - Image : iranenlutte.wordpress.com

A l’issue du rassemblement, les présidentes des trois associations organisatrices Ni putes ni soumises, la Ligue du droit international des femmes et le Mouvement pour la paix et contre le terrorisme se sont dirigées, sous escorte policière, vers l’ambassade d’Iran, où elles ont déposé dans la boîte aux lettres un courrier demandant à Téhéran de surseoir à l’exécution de Sakineh.

L’un des deux avocats de Sakineh Mohammadi-Ashtiani a appelé samedi dans une interview la communauté internationale à continuer à faire pression sur l’Iran. « Les gens qui vont examiner son dossier savent qu’ils sont sous l’oeil de la communauté internationale (…), ils savent que leur décision va avoir beaucoup de conséquences », a déclaré au quotidien britannique Times Javid Houtan Kian.

En France, la mobilisation de la société civile et du monde politique s’est accrue pour sauver cette Iranienne d’un châtiment qualifié de « moyenâgeux » par le président Nicolas Sarkozy, qui a même affirmé que la France estimait avoir « la responsabilité » du sort de cette mère de deux enfants.

Le ministre des Affaires étrangères et européennes Bernard Kouchner a demandé vendredi aux pays de l’Union européenne d’envisager une menace de sanctions contre l’Iran pour le pousser à épargner Sakineh Mohammadi-Ashtiani de la lapidation. « Une démarche de l’UE – discrète – est en cours à Téhéran », avait alors assuré le chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton.

Christophe Duman

Reporters Sans Frontières enchaîne WikiLeaks dans une lettre destinée à Julian Assange, son fondateur

Décidément, la polémique sur la publication d’environ 91.000 documents confidentiels sur la guerre en Afghanistan par WikiLeaks ne cessera jamais d’enfler. Et là, l’adversaire n’est pas n’importe qui : Reporters Sans Frontières. Un soutien en moins pour WikiLeaks, après la perte de celle d’Amnesty International et d’autres organisations non-gouvernementales

Nous ne sommes pas certains que votre souhait de “mettre fin à la guerre” soit exaucé dans ces conditions et en attendant, vous avez fourni malgré vous une bonne raison à des États réputés démocratiques de surveiller Internet de plus près.

Dans une lettre publique directement destinée à Julian Assange, — le mystérieux fondateur et porte-parole de WikiLeaks –, Reporters Sans Frontières (RSF) regrette “l’incroyable irresponsabilité” de WikiLeaks. “Vous avez, à cette occasion, diffusé sur votre site quelque 92 000 documents mentionnant les noms de collaborateurs afghans de la coalition militaire internationale présente en Afghanistan depuis 2001 », explique Reporters Sans Frontières.

Mais WikiLeaks a “par le passé, fait œuvre utile en mettant à la disposition du public américain et international des informations révélant les très graves atteintes aux droits de l’homme et aux libertés publiques commises sous l’administration Bush au nom de la “guerre contre le terrorisme””, a cependant reconnu l’organisation. Elle cite notamment la publication en avril dernier de la vidéo où deux employés de l’agence Reuters et d’autres civils trouvaient la mort à Bagdad en juillet 2007, dû à une bavure militaire de l’armée américaine. “Nous avons soutenu cette démarche” car elle “répond au revirement de l’administration Obama quant à l’application du Freedom of Information Act ». Puisqu’en mai 2009, la Maison Blanche “est en effet, revenue sur sa parole en refusant, malgré une injonction judiciaire, de rendre publiques des photos de sévices infligés à des prisonniers détenus en Afghanistan et en Irak”.

Mais en revanche, ce que Reporters Sans Frontières n’apprécie pas, c’est de “divulguer l’identité de centaines de collaborateurs de la coalition en Afghanistan”, parce que ceci est par conséquent “lourd de danger”. “Les Talibans et d’autres groupes armés peuvent établir sans difficulté, à partir de ces documents, une liste noire de personnes à abattre et mener des vengeances meurtrières”, explique RSF. Reporters Sans Frontières n’apprécie pas non plus la transparence totale chez WikiLeaks. “Publier sans discernement quelque 92 000 documents classifiés pose un réel problème de méthodologie, et donc de crédibilité”, déplore RSF, expliquant qu’un travail journaliste implique “une sélection de l’information”, faisant référence à la publication de noms de collaborateurs Afghans parmi les 91.000 documents déjà publiés. WikiLeaks est “un média et, à ce titre, soumis aux règles de responsabilité de publication, comme tous les autres” précise l’organisation.

“Depuis des années, Reporters sans frontières milite pour que la législation fédérale sur la protection des sources dite “Loi bouclier” soit non seulement adoptée, mais appliquée sans discrimination aux médias traditionnels comme aux nouveaux médias Internet”, c’est pourquoi “nous condamnons toute forme de harcèlement envers les contributeurs ou informateurs de WikiLeaks de la part des autorités ou des services d’immigration, comme récemment le chercheur Jacob Appelbaum” insiste l’organisation. Ou encore celui du soldat Bradley Manning, qui est actuellement en l’attente de son procès dans une prison militaire à Virginia aux États-Unis, soupçonné par les autorités américaines d’avoir transmis la célèbre vidéo de la tuerie de Bagdad à WikiLeaks. “Vous ne pouvez revendiquer le bénéfice de la protection des sources et renier au même moment votre qualité de média par opportunisme”.

Le précédent que vous avez créé expose encore davantage à des représailles tous ceux qui, à travers le monde, risquent leur liberté et parfois leur vie pour l’information sur Internet. Une telle imprudence met en danger vos propres sources et au-delà, sur l’avenir d’Internet en tant que support d’information. Au jour d’aujourd’hui, 116 net-citoyens sont en prison dans une dizaine de pays, parfois pour un simple commentaire sur la Toile. Pouvez-vous concevoir la même situation au pays du Premier amendement ?

Alors que Julian Assange s’apprête à publier 15.000 autres documents sur le même thème, celui de la guerre en Afghanistan, RSF explique que WikiLeaks doit “rendre compte plus amplement de sa démarche” et ne pas répéter les “fautes commises”. Ceci implique “un nouveau départ, donc de nouvelles méthodes”.

JULIAN ASSANGE DÉCLARE QUE WIKILEAKS PRÉVOIT DE PUBLIER 15.000 AUTRES DOCUMENTS

En déplaise à Reporters Sans Frontières ou aux autorités américaines, Julian Assange a déclaré ce jeudi 12 août que WikiLeaks se préparait à publier 15.000 autres documents confidentiels sur la guerre en Afghanistan, en plus des 91.000 (environ) déjà disponibles de la “war diary” (“journal de guerre” en français).

Sans déclarer la date de publication, ni la méthode (s’il allait comme pour les 91.000 documents d’abord les publier par la voie du New York Times, du Spiegel et du Gardian ou directement sur le site), Julian Assange explique par une vidéoconférence retransmise à Londres que “on en est déjà à 7.000 documents”. Mais “jusqu’à présent, nous n’avons eu aucune aide, malgré nos demandes répétées, de la part de la Maison Blanche ou du Pentagone”, a expliqué Julian Assange, faisant notamment référence au souhait du porte-parole de WikiLeaks en Allemagne Daniel Schmitt d’avoir des contacts du Pentagone de manière à “rendre la rédaction des textes telle qu’ils puissent être publiés sans danger”. Mais le Pentagone, qui avait fait état de dangers pour les Afghans cités nommément dans des documents publiés jusqu’ici, a cependant affirmé n’avoir jamais reçu de demande en ce sens de la part de WikiLeaks.

A Washington, le porte-parole du Pentagone, Geoff Morrell, a réagi aux déclarations de Julian Assange en l’appelant à “retirer du site internet tous les documents volés”. Questionné sur le fait de savoir si WikiLeaks allait poursuivre la publication des prochains 15.000 documents promis, M. Assange a répondu, déterminé : “Absolument”. Si promesses tenues WikiLeaks venait à effectivement diffuser de nouveaux documents, malgré les réserves et “l’inquiétude” du Pentagone quant “au tort” que ces révélations “causent à nos troupes, à nos alliés et aux civils afghans innocents, nous atteindrions le summum de l’irresponsabilité”, a dit M. Morrell. Il a même déclaré que les services américains pensaient avoir identifié les rapports qui sont sur le point d’être diffusés.

Christophe Duman

Un journaliste-reporter togolais menacé par un officier français

« Cinquante ans après les indépendances africaines célébrées en grande pompe cet été sur les Champs-Elysées, ça surprend », déplore Rue89, parlant même de « Françafrique pas morte »

Dans une vidéo initialement publiée le 10 août sur Facebook par le journaliste Togolais Noël Tadegnon, auteur des images, puis ensuite mise en ligne par “LeTogoVi” sur YouTube pour une “meilleure diffusion”, un officier français, se présentant comme “conseiller du chef d’état-major de l’armée de terre” intimide publiquement un journaliste togolais, Didier Ledoux, qui prenait quelques photos lors d’une confrontation entre manifestants et gendarmes togolais dans la capitale du pays, à Lomé.

L’officier français, le lieutenant-colonel Romuald Létondot, attaque d’emblée agressivement le journaliste : “Tu enlèves ça, tu enlèves cette photo s’il te plaît, sinon c’est moi qui le prend, alors tout de suite” menace-t-il. “Tu veux qu’on te mette un coup sur l’appareil ou quoi ? [...] Je te demande gentillement d’enlever la photo sur l’appareil. [...] Moi on ne me prend pas en photo comme ça”. “Là je couvre un évènement !” rétorque le journaliste à l’officier français. “Je m’en fous !” répond l’officier. “C’est tout comment si je lui demande de me donner son âme ! Je fais mon travail !”, déplore le journaliste, qui porte un gilet avec écrit le mot “presse” fourni par le bureau des Nations unies du Togo, aux divers gendarmes togolais qui l’entourent.

“Tu le mets en taule” demande l’officier aux autorités togolaises présentes lors de l’altercation qui à ce moment-là commençaient à embarquer le journaliste, lorsque l’officier continue : “Tu sais qui je suis ? Je suis le conseiller du chef d’état-major de l’armée de terre. Est-ce que tu veux que j’appelle le RCGP [Régiment des Commandos de la Garde Présidentielle, ndlr] pour foutre un peu d’ordre là-dedans ? Oui ou non ? Voilà, alors je te demande d’enlever la photo. Est-ce que c’est compliqué ?” Et comme si ça ne suffisait pas, l’officier, très en colère, s’en prend ensuite au journaliste Noël Tadegnon, qui filmait l’altercation entre l’officier et le journaliste. “Toi tu enlèves ça aussi. Tu n’as pas à me filmer. [...] Tu me filmes pas.”

“Que vient chercher un conseiller spécial du chef d’Etat major de l’armée de terre à une manifestation publique dont la sécurité est en principe assurée par la Police et la Gendarmerie ?”, se demande le quotidien togolais Liberté pour lequel le journaliste travaillait, précisant qu’après que l’officier ait été rassuré que les images soient supprimées, a laissé le journaliste s’en aller. “Pourquoi donnait-il des ordres comme le montrent les images ? Autant de questions que tous les témoins de la furie de l’officier blanc se sont posées.” Le quotidien avance : “C’est curieux qu’un officier français formé en France, pays des droits de l’Homme, menace de faire venir des éléments de la garde présidentielle pour régler un malentendu qui l’opposait à un journaliste qui ne faisait que son travail.”

Zeus Aziadouvo, directeur de la publication du quotidien, explique au site Les Inrocks qu’il n’y a “pas grand chose à faire à part encaisser le coup”. “Nous n’attendons aucun soutien. Les autorités togolaises vont se ranger derrière l’ambassade de France et attendre que ça se tasse.” M. Aziadouvo a indiqué que son quotidien avait envoyé une lettre à l’ambassade de France. Mais “ici, les diplomates se comportent comme les autorités du pays. Ils ne bougent pas, ils ne disent rien. Leur communication est opaque”, se désole-t-il.

“J’étais sur le lieu de la manifestation quand j’ai vu cet officier français faire de grands gestes aux forces de l’ordre, j’ai décidé de le prendre en photo comme j’aurais pris tous les mouvements qui auraient pu sembler particulier”, a expliqué aux Inrocks Didier Ledoux qui était parti en reportage pour couvrir le congrès du parti de l’opposition UFC.

Le ministère de la Défense désavoue le militaire français : “La liberté de la presse est une valeur essentielle”

L’Ambassade de France au Togo a réagi dans un communiqué de presse, où elle y déclare :

Le véhicule d’un Officier français, membre de la mission de coopération militaire, qui se trouvait fortuitement aux abords d’un rassemblement, a fait aujourd’hui l’objet de jets de pierres. Après avoir signalé les faits au détachement de Gendarmerie qui se trouvait à proximité, l’Officier n’a pas souhaité qu’un photographe fasse une prise de vues.

Suite à la médiatisation de l’affaire, à Paris, le ministère de la Défense réagit et désavoue le militaire français : “Le ministère de la Défense ne se reconnaît absolument pas ni dans les propos ni dans le comportement de cet officier français. La liberté de la presse est une valeur essentielle”, a précisé à l’Express.fr un représentant de l’état-major. “Nous ne nous reconnaissons absolument pas dans les propos tenus par ce militaire. Nous condamnons son comportement”, a aussi déclaré le ministère aux Inrocks. Il a aussi fait savoir à Rue89 qu’il ne « se reconnaissait pas » dans l’attitude et les déclarations de cet officier, « qui ne défend pas les valeurs qui sont les nôtres ».

Le ministère a aussi indiqué que cet officier devra s’en expliquer avec le journaliste togolais. Promesse tenue, le lieutenant-colonel s’est excusé auprès du journaliste dans les locaux de l’Ambassade de France au Togo, à Lomé. Le journaliste a confirmé cette annonce du Quai d’Orsay.

Joint au téléphone par France 2, le lieutenant-colonel Romuald Létondot, — un coopérant militaire mis à disposition de l’administration togolaise par le Quai d’Orsay –, déclare avoir été “victime d’un jet de pierre d’opposant”, alors qu’il était dans sa “voiture de fonction”. “Je montrais les faits (la voiture abîmée) à un gendarme togolais quand je me suis rendu compte que j’étais pris en photo, et que cette photo pouvait être mal interprétée, ce qui a été le cas. Je me suis emporté, le but était d’empêcher une photo volée. J’ai effectivement présenté mes excuses à Didier Ledoux. Ce qui est dommage, c’est que je termine mon séjour ici, au Togo, dans quinze jours, de cette façon-là.” Son rôle au Togo, comme coopérant militaire français ? “Audit, conseil, pédagogie, formation d’officiers et sous-officiers de l’armée togolaise”.

Le journaliste togolais Noël Tadegnon, auteur des images et qui avait initialement publié la vidéo, non pas sur YouTube, mais sur Facebook, s’étonne de l’ampleur médiatique que la vidéo a engendré : “Je me suis dit, je vais tenter le coup”, a-t-il déclaré à France 2. “Je ne vais pas la proposer à Reuters, pour qui je travaille souvent, je vais la balancer directement sur Facebook. Elle a eu bien plus de succès que si elle était passée sur l’agence de presse ! Un de mes amis l’a mise ensuite en ligne sur YouTube”.

Christophe Duman