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Interview de David Dufresne à propos du webdocumentaire “Prison Valley”

Suite à la mise en ligne de Prison Valley, j’avais rédigé un article à ce propos. Sans trop y croire, j’ai contacté David Dufresne pour répondre à quelques questions rédigées rapidement, et tardivement, vers 4h30 du matin… Et tout à l’heure, surprise, je reçois un mail de celui-ci avec les réponses. Voici donc les questions, et les réponses de David Dufresne, l’un des deux écrivains et réalisateurs avec Philippe Brault du webdocumentaire Prison Valley.

Merci à David pour ses réponses.

Que retirez-vous du système carcéral américain ?

Comme le dit l’un des protagonistes du film — Christie Donner —, j’ai été particulièrement frappé par la profondeur et la largeur de son étendu. Profondeur ? Jusqu’où les peines et le contrôle peuvent aller. Largeur ? Le nombre d’individus concernés.

Comment le tournage s’est-il passé ? Pendant combien de temps ? Sans aucune difficulté ?

Nous avons effectué deux voyages. Le premier, en juin 2009, s’est déroulé sur une durée de trois semaines. Repérages, interviews, ambiance. Et tentative d’obtenir des autorisations pour entrer dans des prisons. Ce qui fut fait lors du second périple, en septembre 2009. Ce second voyage (15 jours) a été exclusivement porté sur les tournages d’ambiance.

Y a-t-il des choses que vous n’avez pu raconter dans le documentaire ?

Notre fatigue, sur place. Notre excitation, sur place. Notre bonheur, ensuite, à travailler avec l’équipe de production d’Upian. Autant sur le plan de la création, que sur celui de la camaraderie. De la complicité. Sincèrement, ce fut de longs mois palpitants et riches en émotions, en difficultés, en (re)trouvailles.

Pour finir, êtes-vous satisfaits de votre projet ?

Ce n’est pas à nous de le dire ,-) Une chose est sûre: nous avons pu essayer. Nous avons pu tenter. Nous avons pu explorer. Je souhaite à tous les documentaristes de vivre une telle expérience.

Une dernière chose à dire ?

Rien n’est plus beau, pour un vieux comme moi (41 ans) de recevoir un mail de quelqu’un comme toi (15 ans). Ça veut dire que quelque chose se passe, une curiosité, des envies, des interrogations. C’est bien pour ça qu’on fait ce métier, non ?
Christophe Duman

“Prison Valley.” Un projet cinématographique époustouflant au coeur de l’industrie carcérale américaine

36.000 âmes et 13 prisons. Et 7.335 détenus. Pour la première fois, un webdocumentaire passe définitivement à la vitesse supérieure. Un carnet de route de cinquante-neuf minutes et des poussières. Posé et interactif, et surtout de qualité, Prison Valley se veut être un webdocumentaire sur l’industrie carcérale américaine, avec un regard encore inédit. Époustouflant, est le premier mot venu s’incruster dans mon esprit trop occupé à visionner le webdocumentaire.

Au menu de celui-ci, un site très social et interactif, avec des sujets qui passent de l’un à l’autre au fil des rues traversées. On traverse le Colorado ; la prison prend une autre allure. Celle de l’« enfer » apaisé par la loi du silence. Écrit et réalisé par le journaliste indépendant David Dufresne et le photographe Philippe Brault, co-produit par ARTE France et Upian avec la participation du CNC, ce webdocumentaire offre une plongée d’excellence en haute définition dans “l’industrie de la prison”, avec une intégration parfaite aux usages des technophiles de demain : un compte Twitter, une page Facebook, une application iPhone avec plusieurs portfolios sonores, et une intégration du site à Twitter et Facebook…

“Plus d’un adulte sur cent est maintenant enfermé aux États-Unis. C’est plus qu’en Chine ou en Russie.” Prison Valley propose au lecteur de ce récit cinématographique d’être au cœur du débat, en participant aux discussions dans un forum dédié, ou en commentant en temps réel le sujet actuellement visionné par celui-ci avec les autres spectateurs le visionnant aussi. Au Cañon City dans le comté de Fremont (dans le Colorado),  16% de la population est incarcérée. Et si elle ne l’est pas, elle est forcément dans les prisons, pour y travailler ou pour y voir ses proches. Le Cañon City compte aussi la prison des prisons, le Supermax, celle de grands prisonniers comme par exemple Zacarias Moussaoui.

Dans une société occidentale qui a fait le choix de l’enfermement, de la répression et du contrôle — plutôt que de la prévention et de l’éducation –, aller à Cañon City, c’est se plonger dans notre avenir.

Une industrie semblable à celle de l’esclavage, où les détenus sont ruinés par la misère du système carcérale américain. Un webdocumentaire à voir dès maintenant sur Arte.tv. Sans oublier le blog des auteurs. Notez aussi que le documentaire sera diffusé sur ARTE le 12 juin 2010 à 16h50.

La Foire aux Liens félicite toute l’équipe pour ce fabuleux projet.

Christophe Duman